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LA LISTE DE LA MATINALE
A nouveau confinement, même remède : les salles de cinéma ayant fermé, demeurent pour nous consoler les offres que nous proposent les plates-formes, les sites de vidéo à la demande, les DVD et les chaînes de télévision. Cette semaine, nous avons fait le choix d’une liste de films qui, à différentes époques, mettent en scène ce vers quoi le monde entier a aujourd’hui les yeux tournés : les élections américaines.
« Tempête à Washington » : un modèle d’efficacité et de complexité
A la faveur des élections américaines, LaCinetek focalise sa sélection du mois sur la question politique. Parmi les dix films présentés, Tempête à Washington, d’Otto Preminger, réalisé en 1962, est devenu un classique du genre, modèle d’efficacité et de complexité. Le sujet du film porte sur la nomination, par un président des Etats-Unis affaibli par la maladie, d’un nouveau secrétaire d’Etat qui serait à même de poursuivre l’orientation diplomatique pondérée de sa politique étrangère. Robert Leffingwell (Henry Fonda, parfait comme à l’accoutumée, d’une sobre et profonde humanité) lui semble l’homme de la situation, et sa nomination est soumise, selon l’usage constitutionnel du « advice and consent » (également titre original du film), à un vote d’approbation ou de réfutation du Sénat.
C’est ici, naturellement, que les choses se corsent et que le film à proprement parler commence. Car Leffingwell, qui doit à son sens de l’intégrité de sévères inimitiés, doit moins se mesurer aux forces du camp adverse qu’à un redoutable antagoniste issu de son propre parti, le réactionnaire et nationaliste Seabright Cooley, vieillard cauteleux et sénateur de la Caroline du Sud, en lequel le génial Charles Laughton trouve un nouveau rôle à sa démesure.
Sous l’égide parfois impuissante de Robert Munson (Walter Pidgeon), vieux routier proche du président et chef des députés de la majorité, le film nous fait assister aux manœuvres en coulisses, une succession de coups bas, de chantages et de renversements d’alliance dans lesquels l’obsession anticommuniste et le scandale sexuel jouent un rôle de premier plan. S’y livrent une lutte sans merci une série de personnages croqués à merveille, entre barons empesés de la politique, jeunes-turcs dévorés par l’ambition personnelle et stratèges de la peur.
Cette complexe machinerie, où s’entrecroisent les tempéraments et les intérêts contradictoires, aboutit au climax d’un vote d’anthologie au cours duquel, selon une ironie bien tempérée, ce théâtre forcené du pouvoir qui aura tout de même causé mort d’homme s’écroule comme château de cartes sur un coup de dés du destin. Il y a chez l’Austro-Hongrois Preminger une vision du pouvoir et de la démocratie comme lieux d’une cruelle vanité qui allie le moralisme d’un Chamfort à la lucidité d’un Sigmund Freud. Jacques Mandelbaum
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