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Face à une salle de presse à moitié vide, de nombreux journalistes n’ayant pas pu se déplacer pour cause de coronavirus, Christine Lagarde a lancé jeudi 12 mars un appel à l’aide. Face à la pandémie, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) demande aux gouvernements européens d’agir d’urgence pour soutenir l’économie et les entreprises. « La réponse doit d’abord être budgétaire. Il ne faut pas s’attendre à ce que les banques centrales soient la première ligne de défense. » Laissant de côté tout langage diplomatique, elle ne cache pas son exaspération face à la faiblesse des réactions jusqu’à présent. « En additionnant les différentes mesures prises dans la zone euro, on atteint 27 milliards d’euros. C’est un quart d’un pourcent du PIB. OK ? C’est pour ça qu’on en appelle à une réponse budgétaire ambitieuse et collective. »
Alors que Mme Lagarde parlait, les marchés dévissaient. Choqués par l’annonce unilatérale de Donald Trump d’interdire les liaisons aériennes depuis l’Europe, les investisseurs poursuivaient leur fuite vers les actifs jugés les plus sûrs. Le CAC 40 en France, le DAX 30 en Allemagne et le FTSE 100 au Royaume-Uni reculaient tous de près de 10 %.
Entre la publication des mesures et la fin de la conférence de presse, les marchés ont accentué leurs pertes
Mme Lagarde a-t-elle donc échoué là où son prédécesseur, Mario Draghi, avait réussi à calmer les marchés en 2012, en promettant de faire « tout ce qui serait nécessaire » (« whatever it takes ») pour endiguer la crise de la zone euro ? La BCE a bien annoncé, jeudi, une série de mesures importantes. Elle n’a pas baissé son taux de dépôt, qui est déjà à –0,5 %, mais elle a fourni de nouvelles liquidités pour financer les entreprises. En particulier, les banques qui font des prêts aux sociétés, notamment aux PME, pourront désormais se financer à long terme au taux de –0,75 %. « Difficile de battre ça », estime Mme Lagarde.
La BCE va aussi intervenir plus fortement sur les marchés, en achetant pour 120 milliards d’euros supplémentaires d’obligations, notamment des obligations d’entreprise. Cette enveloppe, qui vient s’ajouter aux 20 milliards d’euros par mois déjà en place, doit être dépensée d’ici la fin de l’année.
Ces annonces n’ont pourtant pas suffi. Entre la publication des mesures et la fin de la conférence de presse, les marchés ont accentué leurs pertes. « Ça peut prendre du temps [avant que les annonces soient bien comprises] », tentait de rassurer la présidente de la BCE.
Son vrai message est que ce n’est pas à la BCE de faire le travail
Mais en filigrane de ses déclarations, son vrai message était que ce n’est pas à la BCE de faire le travail, mais aux Etats, que ce soit les gouvernements des Vingt-Sept ou la Commission européenne. La crise actuelle n’est pas celle de 2008. Il s’agit d’un choc économique « majeure », reconnaît Mme Lagarde, mais pas d’un problème venant des marchés financiers et des banques. Le danger vient aujourd’hui des entreprises qui font face à un choc de trésorerie violent. Il peut s’agir d’un restaurant qui n’a plus de clients ou d’un tour-opérateur sans touristes. Ces difficultés seront par nature passagère, le temps que la pandémie se résorbe, mais peuvent suffire à couler de nombreuses sociétés.
Dans ces circonstances, l’ampleur de la crise économique à venir dépendra de « la vitesse, la force et la coordination » des réponses, estime Mme Lagarde. Elle va jusqu’à citer précisément : « j’espère qu’à la réunion de l’Eurogroupe [les ministres de l’économie de la zone euro] lundi [16 mars], il y a aura une action décisive. »
Les décisions prises jusqu’à présent par les gouvernements vont dans le bon sens : autorisation de repousser le paiement de cotisations sociales, de TVA ou d’impôts ; garanties de l’Etat pour les entreprises qui ont besoin de prêts de trésorerie ; aides aux particuliers contraints d’arrêter de travailler et qui perdent leurs revenus… Mais ces décisions relèvent des Etats, pas de la BCE. Mme Lagarde ne pouvait pas être plus claire. Les gouvernements l’ont-elle entendu ?
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