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« Je suis parti précipitamment, sans vraiment réfléchir », relate Chen Pin Shuo. L’allocution d’Emmanuel Macron terminée, l’étudiant de 23 ans s’empresse de chercher un vol pour fuir la France et rentrer à Taïwan. Le soir du jeudi 12 mars, le président français annonce la fermeture des universités : le jeune homme, inscrit en sociologie à Paris-7, parvient à réserver « dans la foulée » un billet d’avion pour le 28 mars.
Mais lorsque, deux jours plus tard, le gouvernement français décide de fermer les bars et restaurants, il « sen[t] la quarantaine arriver à grands pas ». Pris de « panique », il choisit d’avancer son départ au 22. Il apprend le lendemain que son vol est annulé. Sur Internet, il ne trouve qu’un « seul vol Paris-Taïpei le 17 mars ». Finalement, il s’envole à cette date symbolique, premier jour de mise sous cloche de la France.
« A Paris, je ne me sentais plus en sécurité », poursuit Chen Pin Shuo. Le lieu où il était installé, une résidence étudiante située dans l’enceinte du campus hospitalier de la Pitié-Salpêtrière, n’a sans doute pas aidé à le rassurer. « Plusieurs articles de presse étaient illustrés par des photos de l’hôpital. C’est comme ça que j’ai appris la mort, dans l’établissement devant lequel je passais tous les jours, du premier patient français malade du Covid-19 », raconte l’étudiant, toujours sous le choc.
Depuis, Chen Pin Shuo est arrivé à Taïpei, où il vit avec ses parents. Certes, il est « confiné dans [s]a chambre » mais se dit « rassuré » d’être à la maison. Comme lui, beaucoup d’étudiants taïwanais en France sont retournés au pays.
Très exposé à l’épidémie en raison de sa proximité avec la Chine, et bien qu’exclu de l’OMS, Taïwan se veut un modèle dans la gestion de la crise. Depuis le début de la pandémie, l’île aux 23 millions d’habitants a recensé 283 contaminations et 2 décès. « Inquiète, ma famille voulait que je rentre à Taïwan : quand elle a appris la mise en quarantaine, ma mère m’a appelée en pleurant. Mais j’ai préféré me confiner ici pour ne pas risquer de rapporter le virus chez moi et contaminer mes proches », relate Tsai Hui Zhen, étudiante de 25 ans à l’école parisienne d’arts graphiques Penninghen et qui suit activement l’actualité de son pays.
« Envoyer ses données GPS »
Dans plusieurs pays d’Asie, l’intérêt collectif et le civisme tendent à primer au sein de la population. C’est ce qui a notamment contribué à une stabilisation relative de l’épidémie dans d’autres pays et territoires tels que Hongkong, Singapour, la Corée du Sud, ou le Japon. « La culture de la propreté, comme le port du masque ou le lavage fréquent des mains, ainsi que le sens de la discipline des Japonais ont peut-être permis d’éviter une contagion plus importante sur l’archipel nippon [1 500 cas et 49 décès à la fin mars] », estime Yuta Yamashita, 32 ans, doctorant à la Sorbonne. Si la quarantaine s’éternise en France, il songe à regagner définitivement le Japon plus tôt que prévu.
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