« Ce troublant spectacle ne serait inquiétant si au cœur de la tension poussée à l’extrême ne se trouvait, tout simplement, la démocratie »

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Une installation en faveur du mouvement Black Lives Matter et des affiches dénonçant la politique de Donald Trump, à Washington, le 3 novembre.

C’est la mère de toutes les batailles et disons-le franchement : cette offensive-là, on préfère voir les Américains la mener dans les bureaux de vote plutôt que dans les rues de Bagdad. Mais à regarder la fièvre s’emparer des centres-villes de Washington et de New York, où les commerçants ont bardé leurs vitrines de contreplaqué, à observer la ruée chez les armuriers au Texas, où l’on pensait pourtant la population déjà abondamment fournie, le reste du monde ébahi était en droit de se demander ces jours-ci quel cataclysme allait donc s’abattre le 3 novembre aux Etats-Unis.

N’était-il pas question, après tout, que d’une bataille électorale, de celles qui se livrent tous les quatre ans, dans un pays dont le préambule de la Constitution, en vigueur depuis 1789, se fixe pour objectif de faire « régner la paix intérieure » ?

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Mais « la paix intérieure » n’est pas la première priorité du candidat Donald Trump, président incandescent et survolté qui, à 74 ans, cumule jusqu’à cinq meetings électoraux par jour. Prêt à pousser la tension à son paroxysme, il y convoque ses partisans qui s’y pressent par milliers, en pleine pandémie. Le mur promis à ses électeurs il y a quatre ans, à la frontière avec le Mexique, et qui est loin d’être achevé, il le fait ériger à présent autour de la Maison Blanche, encerclée mardi par des grilles impossibles à escalader, comme si le siège de la présidence des Etats-Unis devait se préparer à l’assaut de hordes insurrectionnelles.

Le monde ébahi a aussi entendu monter une rhétorique putschiste en fin de campagne, depuis les républicains qui accusent leurs adversaires de vouloir « voler » l’élection, jusqu’aux démocrates qui soupçonnent les républicains de fomenter « un coup d’Etat ».

Le mensonge comme mode de communication

Il a vu des milices armées jusqu’aux dents s’organiser au Michigan, celles-là même qui avaient, il y a peu, comploté pour kidnapper et « juger » la gouverneure démocrate de leur Etat, avant que la police fédérale (FBI) ne s’en mêle et la mette à l’abri. Il a assisté à des courses de pick-up et de bus de supporteurs rivaux se livrant à des manœuvres d’intimidation, comme dans une vulgaire république bananière. Ce troublant spectacle ne serait inquiétant si au cœur de cette tension extrême ne se trouvait, tout simplement, la démocratie.

Pourquoi, comme l’écrivent plusieurs commentateurs, cette élection est-elle la plus importante depuis celle qui porta Franklin Delano Roosevelt au pouvoir, en 1932, au plus fort de la Grande Dépression ? Parce que l’un de ses protagonistes, celui qui occupe la Maison Blanche et entend y passer quatre ans de plus, n’hésite plus à mettre en péril les fondements et les mécanismes du système démocratique.

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