Cavalcade diplomatique dans les collines d’Hébron

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Un fermier palestinien récolte les olives de ses arbres, dans le village de Beit Awwa, au sud-ouest d’Hébron, en Cisjordanie, le 10 octobre.

LETTRE DE JÉRUSALEM

Une cavalcade de diplomates s’engage, lundi 19 octobre, dans les collines du sud d’Hébron. Ils sont manifestement ravis de rompre leur isolement, au lendemain de la levée partielle du confinement imposé en Israël depuis un mois. Trente-cinq SUV, transportant dix-sept chefs de mission européens, petits drapeaux nationaux au vent pour certains, ainsi que des journalistes, lèvent la poussière d’une mauvaise route, dans un décor de terre jaune et sèche où affleure la pierre calcaire, lunaire, à couper le souffle.

Les Palestiniens nomment ces lieux Masafer Yatta, et l’armée israélienne le « champ de tir 918 », décrété zone d’entraînement militaire depuis les années 1980. Une douzaine de villages d’agriculteurs et de bergers palestiniens y sont dispersés sur près de 3 000 hectares. Sept de ces hameaux font l’objet d’une procédure d’expulsion devant la justice israélienne, qui s’éternise depuis les années 1990, et qui doit bientôt trouver son terme : une décision est attendue avant juillet 2021, au plus tard.

Afin de faciliter les entraînements de l’armée, l’Etat israélien propose depuis mars 2018 d’expulser 700 à 1 000 paysans palestiniens durant quinze semaines tous les six mois, soit une moitié de l’année. Sans garantir la continuité de ces périodes : ce pourrait être un jour par-ci, une semaine par-là. Les villageois s’y opposent, arguant qu’ils vivent sur des terres privées ou dont la propriété reste depuis des décennies à déterminer, et qu’ils n’ont nulle part où aller.

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Des blindés dans les champs de blé

Une telle expulsion, même décrétée à mi-temps, serait un fait exceptionnel. Lundi, Hagai El-Ad, directeur de l’ONG israélienne B’Tselem, rappelait aux diplomates qu’ils ont encore une influence dans de telles batailles. En dépit des critiques et de la pesante lassitude de ce conflit. « Cet endroit, c’est votre Khan Al-Ahmar ! », les exhortait-il, en souvenir de la mobilisation de leurs prédécesseurs, qui avaient empêché, en 2018, l’expulsion des Bédouins d’autres collines. L’Etat israélien avait finalement renoncé à annexer cette zone stratégique, dernier pan de terre reliant entre eux le nord et le sud des territoires palestiniens, à l’est de Jérusalem.

A Masafer Yatta, portant masques bleus aux couleurs de l’Union européenne, en godillots de marche ou en escarpins, les diplomates se font prudents : ils se refusent pour l’heure à dresser un parallèle avec Khan Al-Ahmar. Dans ce déplacement massif, qui vaut déclaration en soi, le consul français, René Troccaz, ne voit qu’« une visite de terrain utile, comme bien d’autres », à l’initiative d’organisations de défense de droits de l’homme israéliennes. C’est le retour au quotidien de l’occupation, après qu’Israël a fini par reporter ses menaces d’annexion d’une partie de la Cisjordanie, à l’été.

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