Boris Johnson demande aux Britanniques de se préparer à un « no deal »

0
81

[ad_1]

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, à Londres, le 12 octobre.

Voici enfin le moment du « drame », un classique en fin de négociations, surtout quand elles sont difficiles. Vendredi 16 octobre, dans une courte interview, Boris Johnson a affirmé qu’« au vu des conclusions du Conseil européen », il est clair que « l’Union européenne [UE] ne veut pas nous accorder un traité commercial du type Canada [le CETA, signé par Bruxelles et Toronto] ». 

Et le premier ministre britannique d’ajouter : « Comme nous n’avons plus que dix semaines [avant la fin de la période de transition et la sortie du marché commun], et que les Européens refusent de discuter sérieusement, j’en ai conclu que nous devons nous préparer le 1er janvier 2021 à des arrangements plus proches d’un accord australien », c’est-à-dire à une absence d’accord commercial spécifique – Boris Johnson ayant décidé, début 2020, de bannir le « no deal » de son vocabulaire. « Nous allons dans le même temps nous concentrer sur la lutte contre le Covid-19 et faire en sorte que 2021 soit une année de reprise et de renouvellement. »

Nuance importante : le dirigeant britannique, qui avait réclamé, le 7 septembre dernier, qu’un accord avec l’UE soit en vue au 15 octobre, n’a pas dit qu’il allait arrêter de discuter avec les 27 Etats membres de l’Union. Il leur a plutôt renvoyé la balle, leur réclamant de bouger. « S’il y a un changement fondamental d’approche, évidemment, nous sommes toujours prêts à écouter. » Symétriquement, les Européens avaient exprimé exactement la même demande la veille, réclamant du Royaume-Uni qu’il fasse « les gestes nécessaires » pour que les négociations aboutissent.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Brexit : les Vingt-Sept appellent le Royaume-Uni à faire « les gestes nécessaires » pour trouver un accord

Contexte national tendu

Même si elles s’en défendent officiellement, chacune des deux parties doit accepter les compromis nécessaires à un accord – dont les termes paraissent désormais clairs dans les grandes lignes. L’UE doit concéder la fin du statu quo sur l’accès aux eaux britanniques, le fait de « reprendre le contrôle » sur ces dernières étant symboliquement considéré à Londres comme un des gains indispensables du Brexit.

Downing Street doit en revanche donner davantage de gages à Bruxelles, qui redoute une concurrence déloyale du pays, notamment concernant les aides d’Etat. Et accepter des règles de gouvernance de l’accord strictes, sachant que Bruxelles a relevé ses exigences depuis la publication par Londres d’un projet de loi (l’Internal Market Bill), violant explicitement des parties du traité du divorce, pourtant signé par Boris Johnson fin 2019.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Face au blocage des tractations sur le Brexit, Londres veut contester une partie de l’accord de divorce avec l’UE

La déclaration du premier ministre britannique intervient dans un contexte national très tendu : cela fait près d’une semaine que Downing Street tente d’imposer un reconfinement partiel à des pans entiers du nord de l’Angleterre, où l’épidémie de Covid-19 galope à nouveau, mais les élus de Manchester font de la résistance. Boris Johnson a intérêt à se montrer ferme sur le front du Brexit, sa stratégie de lutte contre la deuxième vague pandémique grâce à des reconfinements régionaux étant pour l’heure contestée.

Sa sortie aura t-elle eu l’effet voulu alors qu’il ne reste qu’une poignée de semaines pour s’entendre ? La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a en tout cas presque immédiatement réagi vendredi, annonçant que les négociateurs de l’UE seront à Londres dès lundi 19 octobre, pour « intensifier » les pourparlers. En ajoutant le désormais très classique « l’UE continue à travailler à un accord, mais pas à n’importe quel prix ».

Macron : « Nous achoppons sur tout »

Pas prêt à relâcher la pression, et fidèle à son rôle de « bad cop » du Brexit, Emmanuel Macron a affirmé peu après : « C’est le Royaume-Uni qui a le plus à perdre d’un “no deal” », car « il a besoin de l’accès au marché intérieur européen ». Le président français a encore accusé Londres d’utiliser « la pêche comme une question tactique ». « Nous achoppons sur tout », bien au-delà de la pêche, a t-il conclu.

Un accord sur la relation commerciale post-Brexit nécessite « des efforts, en particulier du Royaume-Uni », a-t-il martelé. « Le problème est loin d’être seulement la pêche, il est beaucoup plus fondamental », a-t-il répondu à une journaliste qui lui demandait s’il était prêt à un échec des négociations UE-Londres à cause de cette question.

« Vous êtes victime d’une intoxication informationnelle, l’état de nos discussions n’est pas que nous serions en train d’achopper sur la pêche », a-t-il poursuivi, « c’est un sujet tactique utilisé par les Britanniques, car en cas de “no deal” ce serait le seul sujet ou Boris Johnson pourrait dire : “j’ai gagné” », a-t-il accusé. « Les Vingt-Sept n’ont pas vocation à rendre heureux le premier ministre de Grande-Bretagne », a-t-il ironisé.

« Notre principal problème, ce sont des règles de concurrence loyale. Notre proposition, qui correspond à notre accord avec la Suisse, c’est l’accès au marché unique en contrepartie du respect de nos règles sanitaires, environnementales, sociales, en matière d’aides d’Etat. La proposition des Britanniques est l’accès au marché unique sans respect des règles. C’est inacceptable », a-t-il insisté.

« Les négociations sont terminées si l’UE ne change pas de position », a quand même insisté un porte parole de Downing Street peu après les sorties bruxelloises.

Lire aussi Pour Emmanuel Macron, les pêcheurs « ne sauraient être les sacrifiés du Brexit »

[ad_2]

Source link

Have something to say? Leave a comment: