« Biden n’est pas mon choix, mais il aura mon vote »

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En 2016, seulement près de la moitié des jeunes Américains âgés de moins de 30 ans s’étaient déplacés aux urnes, votant à une écrasante majorité pour la candidate démocrate Hillary Clinton. Dans le duel opposant Donald Trump à Joe Biden, la conquête de leur suffrage reste un enjeu crucial. De Minneapolis (Minnesota) à Nashville (Tennessee), en passant par Phoenix (Arizona), six photographes les ont interrogés sur leur intentions.

L’Arizona est un Etat en pleine expansion démographique, qui voit une affirmation du vote latino, plutôt en faveur des démocrates. Ce bastion républicain est ainsi devenu cette année un swing state, c’est à dire un Etat dont l’électorat peut « basculer » (swing), rendant son vote déterminant pour le résultat du 3 novembre.

Lupita Jean Ceron-Sierra, 21 ans : « Notre président a causé des dommages à notre pays, avec la pandémie, les injustices et la violence. Notre pays a toujours été divisé mais Trump offre un piédestal aux suprémacistes, leur donnant encore plus de pouvoir. Je crois que Biden à la Maison Blanche atténuera ça, car il prône la diversité et nous devons voir des changements, rapidement. » Fille de Mexicains, elle étudie à l’université d’Etat de l’Arizona et travaille à plein temps comme aide-soignante.
Gabriel Lopez Zehbrauskas, 18 ans : « Je voterai Biden car je crois en ses valeurs progressistes. Il n’est pas le plus progressiste des démocrates mais il est infiniment meilleur que Trump. De plus, Biden veut avancer sur les questions environnementales et les questions sociales, par exemple, en ce qui concerne le système de santé. » Etudiant en sciences politiques à l’université de l’Etat d’Arizona, il votera pour la première fois.
Freddy Alexis Soto Salas, 20 ans : « Je voterai pour Joe Biden car il est le seul candidat en qui je crois. Je suis la première génération issue de parents sans papiers, et Biden prône constamment l’inclusion de la communauté plutôt que son exclusion. » Il votera pour la première fois à l’élection présidentielle. Il est étudiant à l’université d’Etat d’Arizona.
Raquel Cadman, 28 ans, et Dositello Robbins, 25 ans : « Honnêtement, je n’aimais pas beaucoup Trump, je tentais de comprendre qui il était, mais depuis je l’ai vu faire les bons choix, je l’ai vu aller vers les gens, notamment pendant la pandémie, lorsque les gens avaient vraiment besoin de lui. Je l’ai vu tenir sa parole. Le chômage par exemple, cela a aidé notre ménage à rester à flot. » Raquel travaille à temps partiel dans un fast food. Elle votera pour la première fois et elle votera Trump.

Le Tennessee a un des plus bas taux de participation à l’élection présidentielle : seulement un tiers des jeunes a voté en 2016. L’Etat vote largement républicain depuis 2000 et il a élu Donald Trump à 60 %.

Jerimy Cherry, 29 ans : « Je ne vote pas, parce que le système est soit truqué, soit totalement bidon. J’ai grandi avec Bill Clinton et George Bush, et toutes ces guerres qui n’en finissent pas. Je pense que je suis désensibilisé à la politique maintenant. Jamais dans ma vie je ne me suis senti assez motivé par quelqu’un qui allait finir par diriger une grande entreprise, parce que c’est ça, finalement, c’est quelqu’un qui dirige l’entreprise Amérique. »
Allison Hogue, 23 ans : « J’ai mis quatre ans à comprendre comment marche le vote et l’impact qu’il peut avoir sur une société. Cette année, je suis motivée pour voter à cette élection. La pandémie de Covid-19 en est la plus grande raison. Je suis au chômage depuis avril. A chaque fois que je regarde les infos, j’ai mal au ventre. Je pense à tous les gens avec qui je travaillais et comment ils vont être affectés. C’est pour ça que je vais voter pour l’ancien vice-président Joe Biden. Il se soucie de la santé et de la sécurité des Américains. »
Cole Cory, 24 ans : « Voter a toujours été très important pour moi. Ma mère et mon beau-père m’ont amené voter pour la première fois pendant l’élection de Trump contre Clinton. Quand les e-mails de la convention démocrate ont fuité, c’est à ce moment que j’ai compris que c’était juste un grand spectacle pour les politiques. Je ne sais pas si je vais voter cette fois-ci. Le système est tellement mal fait que seul un renversement total changerait la situation. »
Dillon Vaughn, 28 ans : « Je ne me fatigue pas à m’aligner avec un parti, parce que de toute façon c’est le même pétrin. »
  • Philadelphie, Pennsylvanie

La Pennsylvanie, qui avait surpris en basculant pour Trump avec à peine 40 000 voix d’écart, pourrait être l’Etat clé de cette élection, grâce à ses vingt grands électeurs. En 2016, seuls 46 % des moins de 30 ans avaient participé au scrutin.

Nybree Rogers, 18 ans, devant chez lui : « Pour être honnête, je n’ai jamais vraiment cherché à approfondir la question du vote car je n’ai jamais pensé que mon vote comptait. Et maintenant je me dis que de toute façon cette année, quel que soit le président, on sera dans la merde dans les deux cas. » Nybree sort juste de terminale et travaille maintenant dans la menuiserie. Il y a deux jours, sa grand-mère lui a dit qu’il fallait qu’il s’inscrive sur les listes électorales et il y réfléchit.
Austin Mower, 20 ans, devant Temple University : « Je pense que tous ceux qui peuvent voter devraient le faire parce qu’il en vient à nous de décider ce qui va se passer dans les quatre prochaines années. » Austin est en deuxième année de fac et prévoit de voter pour la première fois cette année.
Seleena Hing, 23 ans : « Je pense que c’est important pour les jeunes et les gens de mon âge de voter, surtout pour la communauté asiatique. Je veux qu’ils voient que des gens comme moi votent, car c’est difficile de leur faire comprendre pourquoi voter. Avec tout ce qui se passe, le racisme et les manifestations, je crois qu’on est prêt pour un changement. Ces quatre dernières années étaient chaotiques, particulièrement l’année 2020. Je suis contente de voter car je me sens forte et indépendante. » Seleena est américano-cambodgienne et travaille dans un salon de coiffure. Ce sera la première fois qu’elle vote. En 2016, elle était trop intimidée.
Nasya Jenkins, 23 ans : « Je n’aime pas particulièrement voter. Je trouve ça malhonnête de dire qu’on a une voix alors que cette voix est ignorée. Je choisis de voter, mais je ne suis pas très convaincue. Je ne vois pas une grande différence entre Biden et Trump. » Nasya est aide-soignante et travaille aussi en tant que stagiaire dans une société de production. Elle a voté pour la première fois en 2016.

La dernière fois qu’un candidat démocrate a remporté le Texas, c’était en 1976. Mais la démographie dans cet Etat, un des plus jeunes du pays, change rapidement : de plus en plus de jeunes diplômés et d’origines diverses y vivent.

Rune Georgé Longoria, 27 ans, devant chez elle : « Je choisis de voter à cette élection pour mes amis et ma famille qui ne le peuvent pas. Je vais voter Biden parce que j’ai peur de la violence qu’engendrerait un second mandat de Trump. Je suis queer, trans et Latinx [terme non-genré pour ne pas utiliser « latino » ou « latina »], et j’habite à la frontière avec le Mexique : je ne peux pas me taire. Mes options sont très limitées et cela me rend incroyablement amère. Biden n’est ni mon premier, deuxième ou troisième choix, mais il aura mon vote, uniquement du fait de la gravité de la situation. »
Orlando Ochoa, 17 ans : « Ça fait des mois que j’ai prévu de m’inscrire. Je choisis de voter parce que je peux dire avec fierté que je m’intéresse aux différentes problématiques qui touchent mon pays. Je pense que Trump est le candidat qui devrait représenter mon pays, je trouve qu’il a fait du bon boulot depuis quatre ans. Je ne crois pas que Biden ait un bon profil de président, il n’est pas tout à fait prêt. Je trouve que Trump a prouvé qu’il peut gouverner un pays, donc pourquoi ne pas lui donner encore quatre ans ? Il a fait du bon boulot avec l’économie. »
Brenda Bazán, 26 ans : « Beaucoup de vies dépendent de cette élection en particulier et je pense que c’est très important d’élire un dirigeant qui partage mes valeurs. Je voterai pour Joe Biden, parce que nous avons besoin d’un président qui croie en la science et qui parle pour la majorité de la population, pas juste pour les riches. Nous ne pouvons pas continuer avec cette administration et je veux voir un changement positif. »
Michael Angelo Medina, 28 ans : « Je choisis de voter parce que, aussi inutile que ça puisse paraître de nos jours, c’est ma seule chance de créer un changement positif dans mon gouvernement. Quant à savoir quel candidat me représente le mieux, je dois dire que c’est Jo Jorgensen. Je sais qu’elle n’a pas de grandes chances de gagner, mais si un candidat d’un tiers parti gagne plus de 5 % du vote populaire, ce parti est financé par la commission électorale aux prochaines élections, ce qui bouleverserait le système bipartite immature dans lequel nous sommes coincés. Elle a aussi promis de mettre fin à l’impérialisme américain en ramenant les militaires aux Etats-Unis. En plus, elle a une bonne approche centriste sur l’immigration, l’énergie, la santé, le logement, l’éducation et le commerce. »

Dans cet Etat où Donald Trump a perdu de justesse en 2016, 55 % des jeunes avaient voté. La mort de George Floyd, un Afro-Américain étouffé en mai à Minneapolis sous le genou d’un policier blanc, a mobilisé des centaines de milliers de personnes autour du mouvement Black Lives Matter. Un réveil pour de nombreux jeunes électeurs.

Jorden Gunn, 18 ans, devant le mémorial pour George Floyd, sur le lieu de sa mort : « Voter cette année est plus effrayant que lors de n’importe quelle élection, et c’est ma première fois. Ma décision va avoir beaucoup plus d’incidence sur mon avenir, cette année. »
Brian Bose, 28 ans : « Evidemment que je vais voter ! Comme l’a bien dit ma Queen Bey [la chanteuse Beyoncé] : “Vote comme si ta vie en dépendait, parce que c’est le cas.” C’est la vérité ! Je ne vote pas uniquement pour moi, mais aussi pour ma communauté, tous ceux qui vivent à l’adresse planète Terre. Il faut prendre ses responsabilités et s’occuper de chez soi et de tous ceux qui occupent de l’espace ici. Une façon efficace de faire ça, c’est de voter. Je sais que mes ancêtres me regardent et je veux les rendre fiers. »
Bryan et Patrick Oelrich, 18 ans. Bryan : « Je vais voter pour les démocrates à cette élection, pour quelqu’un qui représente notre pays et nos valeurs. » Patrick : « Je voterai aussi démocrate, pour quelqu’un qui va susciter du changement dans notre pays. »
Osmar Ruiz, 18 ans : « C’est la première fois que je vais voter. Et je vais voter pour Biden, parce que Trump n’est pas quelqu’un que je veux voir à la Maison Blanche. Il n’est pas responsable, il ne se soucie pas des Américains, il ne se bat pas pour le peuple. »

Seulement 36 % des jeunes se sont mobilisés en 2016 dans l’Etat le plus riche et le plus peuplé du pays, qui est aussi celui qui accueille le plus d’immigrés. En effet, la moitié des jeunes Californiens sont immigrés ou enfants d’immigrés.

Colin Young, 26 ans : « Je ne voterai pas cette année, j’ai manqué l’inscription. Je ne suis pas très intéressé par les actualités ces temps-ci, ni par les réseaux sociaux. Je ne sais pas comment survivre cette année, alors pour moi, peu importe le président qui sera élu. Dans tous les cas, il aidera ceux qui sont dans son agenda, je ne suis pas sûr que l’un d’eux souhaite véritablement de changement pour les gens de couleur. »
Mona Tian, 29 ans, près de chez elle dans Arts District : « Je vote pour Biden. Evidemment. Je suis devenue citoyenne américaine en 2018, donc c’est la première fois que je vais voter à une élection présidentielle. Je ne peux pas la louper. C’est fou que ce soit cette élection-là, ma première ! Je suis née à Shanghaï. Personne dans ma famille n’a jamais voté, parce que nous n’avons pas ce système, c’est une autre histoire ! Donc mes parents m’ont dit : “Il faut voter ! Juste pour l’expérience, il faut voter !” »
Ahmed Cory Jubran, 30 ans, chez lui à Marina del Rey : « Cette élection présidentielle me décourage, j’étais un partisan convaincu de Bernie Sanders. Je ne suis pas d’accord avec beaucoup de ce que Biden a présenté dans son programme. Malgré cela, je vais probablement quand même voter pour lui parce que quatre années de plus de ce que nous avons actuellement au pouvoir vont être très néfastes, en particulier pour la communauté arabe et musulmane. Les actions de Trump, comme le muslim ban ou, pire encore, l’arrêt du financement de l’UNRWA [l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens] attisent la guerre dans cette région du monde. »
Shay Myerson, 26 ans, à Highland Park : « Je comprends ceux qui ne votent pas, ceux qui pensent que le système restera le même quoi qu’il arrive. Personnellement, je choisis le moindre des maux, je vote. Ça m’attriste d’écouter mes amis qui ont perdu confiance, qui voient la société se disloquer. »

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