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Entretien. Sheri Berman est professeure de science politique au Barnard College de l’université Columbia (New York). Ses recherches portent sur le populisme, le fascisme, l’histoire de la gauche et l’histoire politique de l’Europe. Elle intervient régulièrement dans la presse américaine pour analyser la vie politique de son pays.
Le sénateur du Vermont Bernie Sanders fait aujourd’hui figure de favori dans la course à l’investiture démocrate en vue de la présidentielle. Est-il en mesure de défaire Donald Trump ?
Son programme politique et son positionnement l’exposent tout particulièrement aux attaques des républicains. Presque tous les sondages démontrent qu’il est loin d’avoir le soutien d’une majorité d’Américains, ou même de démocrates. Bernie Sanders souhaite notamment la création d’un système de santé publique universel et une plus grande ouverture des frontières à l’immigration. Ces propositions sont loin de faire consensus. Les républicains vont donc aisément pouvoir le présenter comme un candidat d’extrême gauche éloigné de l’Américain moyen. Le parti de Trump tentera de diaboliser n’importe quel adversaire investi par les démocrates, mais Sanders est particulièrement vulnérable.
A l’inverse quelles sont ses forces ?
Ses supporteurs estiment que les Américains apprécieront son honnêteté. Ils croient que la cohérence dont il a fait preuve tout au long de sa carrière en défendant infatigablement les mêmes idées plaira. Son programme de transformations radicales est également selon eux une force, car il introduit une rupture avec le passé. Il ne représente pas l’establishment, ni le maintien du statu quo, comme les présidents Bill Clinton et Barack Obama. Pour toutes ces raisons, les militants qui le soutiennent pensent que les Américains lui feront confiance et verront en lui quelqu’un qui sera prêt à s’en prendre aux maux qui assaillent la société américaine.
Les Européens sont très attachés à leurs systèmes de santé publique. Pourquoi adopter un tel modèle ne fait pas consensus aux Etats-Unis ?
Les Européens ont mis en place à la fin de la guerre des systèmes de santé publique. Les Etats-Unis n’ont toujours pas fait ce choix. Adopter ce modèle, comme le propose Sanders, demande l’abandon des assurances privées auxquelles ont souscrit nombre d’Américains. Certains y sont attachés et considèrent que Sanders leur demande de faire un saut dans l’inconnu. Les sondages démontrent généralement l’absence de majorité en faveur de ce projet, qui fait d’autant plus peur que Sanders veut l’implanter le plus vite possible, sans avancer graduellement. Aucun républicain au Congrès ne le soutiendrait et plusieurs démocrates ne le suivraient pas. Pour y arriver, il devrait non seulement gagner la présidentielle mais aussi faire élire un très grand nombre de représentants et de sénateurs aussi progressistes que lui. C’est rêver en couleurs.
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