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Que changerait l’annexion des territoires palestiniens pour Israël, dès lors que l’administration Trump lui accorde son feu vert ? Avocat israélien et défenseur des droits de l’homme, Michael Sfard est l’un des plus fins experts des rouages de l’occupation israélienne, qu’il détaille dans son livre, Le Mur et la Porte (672 pages, 25 euros), publié ces jours-ci en France par les éditions Zulma. Dans un entretien au Monde, il livre sa lecture du plan Trump et de ses implications.
Que vous inspire le plan Trump ?
Ce n’est pas un plan de paix, mais un plan d’annexion, qui pourrait conduire à la guerre. S’il était mis en œuvre dans sa totalité, il créerait un apartheid. Je n’utilise pas le mot par provocation. On aurait une domination perpétuée d’Israël sur les Palestiniens, qui disposeraient éventuellement d’une entité sans le pouvoir d’entrer dans des alliances, de signer certains traités, de contrôler les entrées et les sorties des personnes et des biens. Une entité entièrement entourée par Israël, plus de façon temporaire comme sous le régime d’occupation, mais de façon permanente. Avec deux groupes : le premier disposant de droits civiques pleins, et l’autre non.
Parlons ensuite du contenu : Israël obtient tout, tout de suite, et les Palestiniens peut-être quelque chose au bout. Parlons du style. La présentation hier m’a fait penser à un voyou qui harcèlerait le gamin le plus faible dans la classe, sous les applaudissements de l’assistance. Deux pays occidentaux, les Etats-Unis et Israël, sont parvenus à la conclusion que les Palestiniens, primitifs, ne sont pas prêts pour l’indépendance. Ils devront remplir des tests intermédiaires, dont ces deux pays seront les juges. On rétablit sans honte, au XXIe siècle, le langage du colonialisme.
Et sur le plan du droit ?
On assiste à l’annihilation de plusieurs piliers de l’ordre international édifié après la guerre. Le premier stipule qu’on n’acquiert par une souveraineté par la force. Le deuxième pilier est celui du droit à l’autodétermination. Ce n’est pas un trophée ou un prix de bonne conduite. Elle se concrétise par un Etat au sens plein, un parmi ses égaux.
Quelles seraient les conséquences d’une annexion des colonies en Cisjordanie ?
Ces terres ne seraient plus « disputées », comme le disaient les Israéliens, ou « occupées », selon la communauté internationale, mais simplement israéliennes. Ce n’est pas en une nuit que se produirait ce passage d’un gouvernement par l’armée à une extension territoriale des prérogatives de toutes les institutions israéliennes. Ces institutions ne seraient plus formellement responsables de deux populations, mais seulement des Israéliens.
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