Avec la décriminalisation de toutes les drogues dans l’Oregon, « le consensus derrière la prohibition mondiale est définitivement fracturé »

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Des volontaires apportent des pétitions en faveur de la décriminilisation des drogues, à Salem (Oregon), le 26 juin 2020.

Rubrique « substances et dépendances ». Les élections américaines de 2020 ne resteront pas seulement dans les livres d’histoire comme celles qui ont eu lieu en pleine pandémie, qui ont connu une participation record ou dont le président sortant a refusé de reconnaître le résultat. Elles resteront aussi celles d’un tournant majeur dans les législations sur les stupéfiants dans un pays qui, depuis cinquante ans, prône une approche ultra-répressive, connue sous le nom de « guerre contre la drogue ».

Quatre Etats supplémentaires – l’Arizona, le Montana, le New Jersey et le Dakota du Sud – ont légalisé le cannabis à usage récréatif, portant leur nombre à quinze. Désormais, un tiers de la population américaine adulte peut acheter du cannabis aussi librement que des jeux à gratter ou un paquet de cigarette.

Par référendum, le 3 novembre, ce sont 58,4 % des électeurs de l’Oregon qui ont approuvé la décriminalisation de toutes les drogues, que ce soit la cocaïne, les amphétamines, le LSD ou l’héroïne, une première dans l’histoire du pays.

Un individu qui y serait trouvé en possession de drogue pour son usage personnel ne sera plus considéré de facto comme un criminel (la possession de plus grandes quantités restera un crime). S’il est arrêté, il aura le choix entre verser une amende de 100 dollars (84 euros), l’équivalent pénal d’une infraction routière, ou accepter une évaluation sanitaire qui déterminera si sa consommation est problématique. Il pourra alors être suivi dans des centres sanitaires, s’il le souhaite.

« Prise de conscience accélérée par l’épidémie d’overdose »

C’est un véritable changement de paradigme qui a eu lieu dans l’Oregon le 3 novembre : la drogue, et les problèmes qui peuvent en découler, ne seront plus traités dans le cadre pénal mais dans celui de la santé publique. « C’est même le plus grand coup à ce jour contre la guerre contre les drogues, ajoute Matt Sutton, un responsable de l’ONG Drug Policy Alliance, qui a milité pour cette mesure dans l’Oregon. Cela montre que la décriminalisation de toutes les drogues est politiquement viable. Mon espoir est qu’après avoir prôné l’approche [ultra-répressive], qui a été un désastre total depuis cinquante ans, les Etats-Unis vont pouvoir montrer qu’une autre voie est possible. »

Ce vote est, selon lui, en partie le résultat d’un basculement dans la perception qu’ont les Américains des drogues, et de la répression comme seule réponse à sa consommation :

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