Aux Philippines, le président Duterte fait fermer la principale chaîne de télévision du pays

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Des manifestants protestent contre la mise à l’arrêt de la chaine TV ABS-CBN, devant son siège, à Manille, le 5 mai.
Des manifestants protestent contre la mise à l’arrêt de la chaine TV ABS-CBN, devant son siège, à Manille, le 5 mai. AARON FAVILA / AP

« ABS-CBN, au service des Philippins. On rend l’antenne. » C’est ainsi que la chaîne de télévision la plus regardée de l’archipel aux mains de Rodrigo Duterte a cessé d’émettre, mardi 5 mai au soir, sous les coups de boutoir d’un président ne dissimulant pas son hostilité envers les médias qui osent le critiquer. La Commission des télécommunications, organe gouvernemental, a ordonné la suspension de la diffusion au lendemain de la date d’échéance de la licence du groupe de médias, qui n’a pour l’heure pas été renouvelée par un Parlement majoritairement acquis au chef de l’Etat.

Quatre ans après l’élection à la présidence philippine de ce populiste, le climat s’est nettement détérioré dans les médias philippins. Surtout ceux qui ont couvert en profondeur sa sanglante guerre contre la drogue, qui selon la Commission des droits de l’homme du pays pourrait avoir fait plus de 27 000 victimes lors d’exécutions extrajudiciaires (plus de 5 500 selon la police).

L’administration a déjà lancé de multiples procès contre Maria Ressa, la rédactrice en chef du site d’information Rappler, qui a contribué à révéler le fonctionnement de cette campagne de mort : comment les policiers sont devenus des tueurs à gage abattant les jeunes des bidonvilles qui oubliaient leurs malheurs dans la fumée de méthamphétamine. Durant ses vingt ans à la mairie d’une grande ville du sud du pays, Davao, M. Duterte avait été surnommé le « punisseur » pour avoir déjà mis en place des escadrons de la mort contre la petite délinquance, hors de tout cadre judiciaire.

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Or les caméras d’ABS-CBN ont également fait la chronique de cette dérive, en suivant aussi tard que nécessaire dans la nuit les équipes de la police scientifique qui ramassent les cadavres dans les quartiers à risque de Manille.

« Juste parce que vous êtes journaliste, vous n’êtes pas exempt d’assassinat, si vous êtes un fils de pute, avait menacé le président le 1er juin 2016 au lendemain de son élection, établissant ainsi le décor de son mandat. La liberté d’expression ne vous aidera en rien si vous vous êtes mal comporté. » Dans l’impunité qui s’est imposée depuis quatre ans, seize journalistes ont été abattus, dont le dernier, un reporter de radio locale de 48 ans, mardi.

Une armée de trolls sur les réseaux sociaux

En parallèle à ses attaques contre les médias, le président Duterte a lancé une armée de trolls sur les réseaux sociaux. Ils y propagent les rumeurs – comme celle selon laquelle Maria Ressa et d’autres journalistes critiques seraient aux mains de la CIA américaine – qui sont reprises ensuite par l’entourage du chef de l’Etat et enfin par M. Duterte lui-même, lorsque le doute a déjà infusé chez une partie des citoyens. Malgré tout le sang versé, l’opinion, épuisée par l’insécurité et abreuvée de sa communication, continue de soutenir largement le président dans les sondages.

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