Au Togo, Faure Gnassingbé en route vers un quatrième mandat présidentiel

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Affiches de campagne du président togolais sortant Faure Gnassingbé (à gauche) et d’Agbéyomé Kodjo du Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement (MPDD), à Kpalimé, dans le sud-ouest du pays, le 19 février 2020.
Affiches de campagne du président togolais sortant Faure Gnassingbé (à gauche) et d’Agbéyomé Kodjo du Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement (MPDD), à Kpalimé, dans le sud-ouest du pays, le 19 février 2020. PIUS UTOMI EKPEI / AFP

« Elu au premier tour, un coup K.-O. ! » Au Togo, Faure Gnassingbé maîtrise bien ce slogan à la mode ailleurs en Afrique de l’Ouest. Après avoir remporté l’élection à trois reprises (2005, 2010 et 2015) avec près de 60 % des voix, le président – dont la famille monopolise le pouvoir depuis plus d’un demi-siècle – brigue un quatrième mandat samedi 22 février.

Dans les rues de Lomé, les slogans des candidats se répondent : « Allons-y Faure », « Fabre, la force du courage et de la détermination », « Kodjo, la chance de l’alternance »… Au pied des panneaux, dans la touffeur tropicale, la vie continue avec son lot de tracas quotidiens, de misères aussi. A Bè Kpota, fief traditionnel de l’opposition, des affiches du candidat présidentiel n’ont pas été arrachées.

On peut y voir une forme de résignation, dans ce pays de 7,8 millions d’habitants. Même si dans le camp de Jean-Pierre Fabre, l’opposant historique, on déplore le déplacement à la dernière minute de quelques meetings et « des tracasseries » dans le nord du pays, la campagne 2020 n’a pas connu d’incidents majeurs. « D’habitude au même moment, les quartiers sont en ébullition », assure Jean-Paul Agboh Ahouélété, patron du groupe de presse togolais Focus Infos.

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L’histoire politique du Togo est émaillée de violences électorales, de répressions et de tentatives de coup d’Etat réelles ou imaginaires. En 2005, l’accession au pouvoir de Faure Gnassingbé, alors âgé de 37 ans, reste entachée de sang. Pour succéder à son père Eyadéma, un militaire autocrate qui a tenu le Togo d’une main de fer pendant trente-huit ans avant de décéder brutalement, « Bébé Gnass », comme on l’appelait, s’est fait nommer avec le soutien de l’armée au poste de président de l’Assemblée nationale, puis président par intérim. Sous pression de la communauté internationale, il organise des élections qu’il va remporter après de vives tensions qui provoquent entre 400 et 500 morts selon l’ONU.

« Le premier ministre est-il mon frère ? »

Semblant suivre un conseil paternel selon lequel « on n’organise pas des élections pour les perdre », il a ensuite été réélu haut la main en 2010 et 2015 au terme de scrutins contestés mais validés par les observateurs internationaux. Un changement récent de Constitution lui permet aujourd’hui de se présenter jusqu’en 2025. La famille Gnassingbé dirige le Togo depuis cinquante-trois ans, un record mondial de longévité seulement battu par la Corée du Nord.

« Vous parlez de famille, mais est-ce que le premier ministre est mon frère ? Est-ce que le président de l’Assemblée est mon cousin ?, répond Faure Gnassingbé, lors d’un entretien accordé au Monde Afrique et à l’AFP à quelques jours du scrutin. Le Togo a défini par consensus le moyen d’arriver au pouvoir et c’est par l’élection. Mon patronyme ne doit pas être un facteur d’exclusion. »

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Après avoir voté samedi, les 3,6 millions d’électeurs pourraient se rendre une seconde fois aux urnes si aucun candidat ne franchit la barre des 50 %. « Comme tout le monde, j’aimerais être élu au premier tour, souligne Faure Gnassingbé. Mais le plus important est que le processus soit crédible et que les résultats soient acceptés par tous les hommes de bonne volonté. »

Sur le plan macroéconomique, le pays progresse au point d’être aujourd’hui considéré comme un bon élève du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Selon cette dernière institution, sa croissance (autour de 5 % en 2018) est « soutenue par le rebond de l’investissement public, une forte croissance du secteur des services, la reprise de la production industrielle et la relative bonne performance des secteurs du transport et des télécommunications. »

Le Togo est aujourd’hui le seul pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui remplit les critères de convergence vers l’éco, le projet de monnaie unique ouest-africaine. Mais si le taux de pauvreté a reculé de six points entre 2006 et 2015, celle-ci affecte toujours plus de la moitié de la population.

« Des lois liberticides ont été votées »

En matière de sécurité, le pays n’a déploré aucune attaque, alors que le Burkina Faso voisin est régulièrement ciblé par des massacres djihadistes et que le Bénin a été frappé par l’enlèvement de deux Français le 1er mai 2019. En campagne lundi dans le nord, le long de la frontière avec le Burkina, Faure Gnassingbé a toutefois mis en garde contre la pression « très forte » des groupes djihadistes. Le chef de l’Etat a rappelé que plusieurs arrestations avaient eu lieu ces derniers mois sur le territoire togolais.

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Au niveau des droits humains, l’opposition et la société civile dénoncent un régime autoritaire et l’absence d’alternance démocratique. Amnesty International a rappelé en début de campagne que « des lois liberticides ont été votées et qu’au moins vingt-cinq personnes, dont des enfants, ont été tuées lors de manifestations depuis 2015 ». Le leader historique de l’opposition, Jean-Pierre Fabre, de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), a justement mis la défense des droits humains au cœur de sa campagne. « Une fois élu, mon premier travail sera de construire un Etat de droit, prévient celui qui a terminé deuxième en 2010 et 2015 avec 35 % des voix. L’affairisme s’est installé au sommet de l’Etat et l’appareil judiciaire est instrumentalisé. »

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Mais l’opposition se présente au scrutin en rangs dispersés. Parmi les sept candidatures se trouvent six opposants, dont Agbéyomé Kodjo qui a reçu le soutien de Monseigneur Philippe Kpodzro, archevêque émérite de Lomé. « Parce qu’il a été désigné par le Saint-Esprit, il aurait fallu que je me range derrière ce candidat fantaisiste ?, ironise Jean-Pierre Fabre. Je rappelle qu’il a été premier ministre du père Gnassingbé… On ferait mieux de s’allier pour que le scrutin soit transparent, car les conditions ne sont pas réunies pour qu’il le soit. »

Jean-Pierre Fabre assure qu’il aura des observateurs dans les 9 400 bureaux de vote. Mais pour avoir boycotté les dernières élections législatives, aucun représentant de son parti ne figurera en revanche parmi les membres de la Commission électorale nationale et indépendante (CENI), dont la constitution s’appuie sur celle de l’Assemblée nationale.

La Force sécurité élection présidentielle (Fosep), qui compte 10 000 gendarmes et policiers, sera déployée dans tout le pays. La torpeur de la campagne annonce-t-elle une tempête au moment des résultats ? Une victoire « par un coup K.-O. » n’exclut pas un second tour dans la rue.

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