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Pour le moment c’est l’impasse. Alors que le sommet devait officiellement durer deux jours, vendredi et samedi, les discussions se sont poursuivies à Bruxelles, dans la nuit du dimanche 19 au lundi 20 juillet, pour tenter d’arracher un accord sur un programme d’aide pour relancer les économies européennes, confrontées à une récession historique.
Après une nuit d’échanges, dans un climat empreint parfois d’exaspération, les discussions ont été suspendues au petit matin. Les 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE devaient reprendre leurs tractations lundi vers 16 heures.
La partie s’annonce toujours aussi délicate tant les positions restent éloignées. Sur la table des négociations se trouve notamment la question de la répartition des 750 milliards d’euros du plan de relance – dont 500 milliards d’euros de subventions qui ne seront pas remboursées par les Etats bénéficiaires. Ce programme d’aide est adossé au budget à long terme de l’Europe (2021-2027) de 1 074 milliards d’euros.
D’un côté, on trouve les Etats dits « frugaux » (Pays-Bas, Autriche, Suède, Danemark), auxquels s’est associée la Finlande, qui préfèrent les prêts, remboursables par chaque Etat bénéficiaire, aux subventions. Ces pays se heurtent aux membres d’un autre bloc, Paris et Berlin en tête, hostiles à tout accord qui réduirait la part des subventions.
Emmanuel Macron a fait part lundi de ses « espoirs possibles d’un compromis ». « Rien n’est encore acté, je resterai donc extrêmement prudent », a-t-il déclaré à son arrivée au Conseil européen. « Des éléments d’avancées se sont matérialisés dans la nuit », a assuré le président français. « Il y a un esprit de compromis qui est là, il y a eu des moments très tendus et des moments qui seront sans doute encore difficiles », a-t-il poursuivi.
A son arrivée, la chancelière allemande Angela Merkel, tout en reconnaissant que les « discussions étaient incroyablement difficiles », a aussi fait part de son « espoir ».
« La nuit dernière, à l’issue de longues négociations, nous avons trouvé un cadre pour un possible accord. C’est un pas en avant et cela donne l’espoir qu’un accord puisse être atteint aujourd’hui, du moins qu’un accord est possible », a-t-elle dit.
De sources concordantes, le médiateur du sommet, Charles Michel, devrait proposer de revoir à la baisse la part de subventions dans le plan de relance à 750 milliards d’euros : 390 milliards, contre 500 milliards dans la proposition initiale. Le reste serait constitué de prêts.
« Des positions diamétralement opposées »
Signe des vifs désaccords entre les deux camps, Emmanuel Macron aurait « tapé du poing sur la table » dans la nuit pour dénoncer la mauvaise volonté des « frugaux ». « Il a été dur sur leurs incohérences », a affirmé un membre de la délégation française à l’Agence France-Presse (AFP). Ses propos ont été rapportés par les autres délégations aux médias. « Tout cela a été raconté de manière un peu caricaturée », a déploré le conseiller à l’AFP.
Emmanuel Macron a critiqué l’opposition à sa demande d’allouer une partie importante des fonds du plan de relance, levés par un emprunt commun de l’UE, sous forme de subventions aux Etats membres. Il a aussi fustigé le comportement du chancelier autrichien, Sebastian Kurz, lorsque ce dernier s’est levé et a quitté la table pour prendre un appel téléphonique. Selon une source européenne à l’AFP, M. Kurz s’est senti « offensé » par la remarque.
Le président français a aussi comparé le positionnement du premier ministre néerlandais Mark Rutte, chef de file des opposants, a celui qui avait été adopté à l’époque par l’ancien chef du gouvernement britannique, David Cameron, lors des négociations.
Selon les confidences des autres délégations, Emmanuel Macron se serait emporté à plusieurs reprises pendant ses critiques. Selon une source européenne, il a affirmé que c’était la France et l’Allemagne qui allaient « payer ce plan » et « qu’ils se battent pour l’intérêt de l’UE quand les “frugaux” sont égoïstes et ne font aucune concession ». « Il a ajouté qu’il était prêt à s’en aller plutôt que d’avoir un mauvais accord », a précisé cette même source.
L’issue du sommet, le plus long des dirigeants de l’Union européenne depuis celui de Nice en 2000 sur une révision des traités dans le cadre de l’élargissement à l’Est (quatre jours et quatre nuits), reste très incertaine, l’unanimité nécessaire des vingt-sept Etats membres rendant un accord particulièrement difficile. Le premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, habitué des sommets depuis sept ans, a avoué avoir « rarement vu des positions aussi diamétralement opposées, sur beaucoup de points ».
Pour tenter d’amadouer Mark Rutte, particulièrement réservé sur le paquet de relance, Charles Michel a proposé un mécanisme permettant à un pays qui aurait des réserves d’ouvrir un débat à vingt-sept. Une telle configuration équivaudrait de facto à un droit de veto pour chaque capitale. Cette demande inquiète Rome et Madrid, qui craignent d’être soumis à un programme de réformes imposé.
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