Au Pérou, une génération en lutte contre la corruption

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Analyse. « Vous vous êtes trompés en vous en prenant à cette génération. » La phrase est insolente, le ton aussi. Ils ont 16 ou 17 ans, signent josimartinezzz, bryana_pastor ou raydelcastillo sur Instagram, TikTok ou YouTube. Jusqu’à il y a deux semaines, ils se contentaient de publier des contenus sur la mode ou la musique. Aujourd’hui, leurs vidéos parlent de « lois injustes », de « Parlement dégoûtant », de Constitution. On l’appelle la « génération du bicentenaire » (de l’indépendance du Pérou, qui sera commémorée en 2021), celle que personne n’attendait, mais qui, dans un élan de responsabilité civique, est sortie dans la rue pour protester contre l’incurie d’une classe politique honnie.

Avec trois présidents en huit jours, des manifestations monstres, une violente répression policière ayant fait deux morts et des dizaines de blessés, le Pérou vient de vivre une crise politique jamais vue en vingt ans.

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Coup d’Etat institutionnel

La séquence a débuté le 9 novembre, lorsque 105 parlementaires ont voté la destitution du président Martin Vizcarra, soupçonné, sans qu’aucune enquête ne soit encore ouverte, dans une affaire de pots-de-vin quand il était gouverneur provincial. Appliquant un article constitutionnel controversé qui autorise la révocation d’un président pour « incapacité morale permanente », ils ont déclaré « vacant » le fauteuil présidentiel et c’est le chef du Congrès, Manuel Merino, l’un des instigateurs de la destitution, qui l’a occupé. Un coup d’Etat institutionnel pour de nombreux Péruviens.

Des centaines de milliers de personnes sont sorties dans la rue dès les premières heures qui ont suivi la destitution, aux cris de « Merino démission ! » Martin Vizcarra était un président très populaire pour avoir fait de la lutte contre la corruption son étendard – et de ce fait haï par les parlementaires, dont la moitié est sous le coup de diverses enquêtes.

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La police a brutalement réprimé les manifestations. Mais la mobilisation a payé. Manuel Merino a démissionné à peine cinq jours après avoir été nommé. Le Congrès a alors désigné un nouveau président intérimaire, consensuel cette fois, Francisco Sagasti, du parti Morado, le seul à avoir voté en bloc contre la destitution de M. Vizcarra.

Le système politique péruvien est totalement vicié. Le Congrès est contrôlé par de véritables mafias

La crise n’est pas récente : ces trois dernières années, le pays a vécu quatre tentatives de destitution présidentielle et une dissolution du Congrès. Martin Vizcarra était déjà lui-même président par intérim, après la démission de Pedro Pablo Kuczynski en 2018, accusé de corruption. Le système politique péruvien est totalement vicié. Le Congrès est contrôlé par de véritables mafias. « Il n’y a pas de partis politiques au Pérou mais des franchises électorales, soutient Carmen Ilizarbe, professeure de sciences politique à l’Université pontificale catholique du Pérou : des organisations rivalisent entre elles ou nouent des alliances stratégiques – qui se défont après les élections – pour obtenir des voix et des sièges. » De fait, 65 % des Péruviens ne se sentent représentés par aucun parti.

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