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L’intellectuel et militant politique libanais Lokman Slim, connu pour son hostilité farouche au mouvement chiite Hezbollah et pour son travail sur la mémoire de la guerre civile libanaise, a été retrouvé mort, jeudi 4 février, dans le sud du pays. Cette figure de la scène culturelle libanaise, âgée de 58 ans, dont la disparition avait été signalée la veille, a été tuée par balles, alors qu’il circulait en voiture dans la région de Nabatiyé, une zone où le « parti de Dieu » est très influent.
Ce créateur touche-à-tout, à la fois éditeur, auteur, archiviste et documentariste, né dans une famille chiite mais profondément laïc et libéral, dénonçait à voix haute la mainmise du Hezbollah sur cette communauté. A travers les expositions et les débats qu’il organisait, les livres qu’il publiait et les projets de développement auquel il participait, il s’efforçait de réinjecter du pluralisme sur la scène politique et sociale chiite. Lokman Slim critiquait aussi vigoureusement l’intervention en Syrie du Hezbollah, en soutien au régime de Bachar Al-Assad, son principal allié dans la région avec l’Iran.
Fondé au début des années 1980, à l’initiative des pasdarans khomeynistes, ce parti dispose d’une puissante branche militaire, qui a bouté les forces israéliennes hors du Liban en 2000, et a tenu en échec cette armée lors du conflit qui les a opposés durant l’été 2006. De tous les acteurs de la guerre civile libanaise, le Hezbollah est le seul à avoir conservé ses armes.
En janvier, dans une interview à la chaîne de télévision saoudienne Al Hadath, Lokman Slim avait accusé Damas d’être responsable de l’arrivage, dans le port de Beyrouth, du stock de nitrate d’ammonium à l’origine de l’explosion dévastatrice du 4 août.
Peu avant, une enquête de la chaîne libanaise Al Jadeed avait mis en lumière le possible rôle joué par deux hommes d’affaires syriens pro-Assad dans l’importation de ce produit hautement explosif. Dans l’entretien, Slim suggérait – sans avancer de preuves concrètes – qu’une partie de la cargaison de nitrate avait pu être transférée en Syrie, avec la complicité du Hezbollah, pour servir à fabriquer les barils explosifs, largués par l’armée syrienne sur les territoires rebelles.
Menaces de mort
Toutes ces déclarations avaient valu à Lokman Slim plusieurs menaces de mort. Dans les milieux pro-Hezbollah, il était volontiers conspué, présenté comme un agent d’Israël ou des Etats-Unis, un « chiite des ambassades ». Une manière de délégitimer sa parole, en insinuant que l’aide qu’il recevait des représentations occidentales au Liban allait au-delà du financement de ses projets culturels.
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