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Michel Aoun a suscité un regain de colère chez les manifestants après les propos jugés insultants qu’il a tenus lors d’une interview.
C’est ce qui s’appelle un raté. En accordant, mardi 12 novembre, une interview filmée à des journalistes de la presse libanaise, après deux discours où il était apparu raide et compassé, le président libanais, Michel Aoun, espérait, sinon raisonner la rue, du moins capter son attention. Mais ses propos ont eu l’effet rigoureusement inverse.
Incapable de masquer son agacement vis-à-vis des manifestants, l’ex-général de 84 ans a conduit à un nouveau durcissement du mouvement de protestation. Toute la journée de mercredi, des centaines de personnes sont venues crier leur colère aux abords du palais présidentiel, situé à Baabda, sur les hauteurs de Beyrouth. Les blocages de routes, qui avaient cessé il y a plus d’une semaine, ont recommencé de plus belle, entraînant des heurts qui ont fait un mort, mardi soir, dans la banlieue de la capitale.
Les protestataires se sont sentis personnellement insultés par un passage de l’entretien où le chef de l’Etat déclare que « s’ils ne sont pas contents des gens au pouvoir, ils peuvent émigrer ». Cette formule, très malvenue dans un pays marqué par le déracinement forcé de ses jeunes, obligés de s’expatrier pour trouver un emploi, consacre la rupture entre la rue et le dirigeant octogénaire.
« Est-il permis à un président de dire à son peuple : “Foutez le camp” ? », s’insurge Ghada, une quadragénaire au chômage, venue manifester à Baabda, et dont l’une des filles est récemment partie étudier en France. « Aoun, qui a bataillé trente ans pour parvenir à son poste, a ruiné toute sa crédibilité en une heure », estime Yasser, un journaliste.
« Tous ces gens qui n’en font qu’à leur tête »
Au cours de l’entretien, comme durant ses trois précédentes interventions depuis le début de la crise, l’ancien chef de l’armée libanaise a assuré comprendre les doléances des contestataires, notamment leur aspiration à un Etat de droit, purgé de toute corruption. Mais il a rejeté leur revendication fondatrice, la formation d’un gouvernement composé exclusivement de technocrates indépendants, affirmant qu’un cabinet mixte, « techno-politique », avait sa faveur.
« Où est-ce que je peux aller les chercher [ces indépendants]? Sur la Lune ?, a-t-il ironisé. Existe-t-il des Libanais qui ne soient affiliés à aucun parti politique ? » Cette position rejoint celle de son principal allié, le mouvement chiite Hezbollah, qui redoute de faire les frais d’un exécutif neutre, où il ne serait pas représenté. Elle ouvre la voie à un maintien au pouvoir de son gendre, le ministre des affaires étrangères, Gebran Bassil, la bête noire des révoltés libanais.
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