[ad_1]
Leurs revenus sont au plus bas depuis cinq ans alors que le secteur est impacté par l’affaiblissement du pouvoir d’achat au Pakistan et au Royaume-Uni.
Cinq ans que les petits producteurs de thé des hauts plateaux kényans n’avaient pas touché si peu d’argent. La coopérative KTDA, un acteur prédominant qui totalise plus de la moitié de la production du pays, a annoncé début octobre que le revenu de ses quelque 560 000 membres avait chuté, sur l’année courant de juin 2018 à juin 2019, à 69,7 milliards de shillings, contre 85,7 milliards de shillings un an plus tôt (soit 605 contre 744 millions d’euros). Le kilo de feuilles vertes – minutieusement récoltées à la main – achetées bord champ au fermier ne revient ainsi qu’à 41,27 shillings (36 centimes d’euros) en moyenne.
Au Kenya, le thé fait vivre directement ou indirectement près de 8 % de la population. Il contribue pour un quart des revenus à l’export. Le pays est d’ailleurs le premier exportateur au monde de thé noir, lequel est vendu aux enchères tout au long de l’année à Mombasa, grand port d’Afrique de l’Est et principale place d’échange mondiale de cette boisson populaire partout sur la planète. Cette année, le produit de ces enchères a été inférieur de 18,6 % par rapport à l’année précédente.
En cause, tout d’abord, une production excédentaire au Kenya, et ailleurs. « Il y a eu une augmentation de la production au niveau mondial, notamment en Inde, en Chine, mais aussi en Afrique de l’Est, où le Kenya est le principal facteur de cette croissance, mais où l’Ouganda, le Rwanda ou encore la Tanzanie font aussi beaucoup plus [de volumes] », détaille pour Le Monde Afrique Lerionka Tiampati, directeur de KTDA.
Le Pakistan, premier importateur
Les acquéreurs, ensuite, se sont montrés peu dispendieux. Les principaux importateurs du thé kényan – dont le Pakistan, l’Egypte, le Royaume-Uni et le Soudan – connaissent des difficultés ou des bouleversements internes, qui impactent leur situation économique, et donc leur capacité d’achat.
Le Pakistan est désormais – et de très loin – l’acteur le plus déterminant sur les exportations kényanes de thé. Il en a acheté 177 millions de kilos en 2018, selon les derniers chiffres disponibles, contre 74 millions pour l’Egypte, le deuxième importateur. Aujourd’hui, « 35 % de nos exports vont vers le Pakistan, cela détermine le marché. [Les Pakistanais] n’ont pas réduit leurs volumes mais le prix qu’ils sont prêts à payer aux enchères, car ils ont moins d’argent », poursuit Lerionka Tiampati. Le thé s’échange en dollars. Or, la roupie pakistanaise a perdu plus de 50 % de sa valeur depuis fin 2017, alors que le cinquième pays le plus peuplé au monde fait face à une situation économique difficile et à une forte baisse de ses réserves de change.
Parmi les autres acheteurs, outre le Soudan, qui a connu d’importants bouleversements cette année, le Royaume-Uni (troisième client avec 47 millions de kilos) est pris dans l’incertitude du Brexit. Sa livre a, elle, perdu 20 % de sa valeur depuis le vote en 2016 de la sortie de l’Union européenne, tirant, là aussi, les enchères à la baisse.
Se concentrer davantage sur la qualité
KTDA reste confiant sur un retour à meilleure fortune pour la feuille de thé qui « comme toutes les commodités connaît des hauts et des bas ». Quoi qu’il en soit, et malgré des prix fluctuants, le thé reste, en termes de revenus pour les petits producteurs, « une meilleure alternative que d’autres produits comme le café », affirme M. Tiampati.
Pourtant, certains observateurs jugent que le Kenya devrait se concentrer davantage sur la qualité plutôt que de continuer à augmenter sa production qui atteint déjà plus de 400 millions de kilos annuels. Aujourd’hui, l’essentiel de la production kenyane est vendu en vrac, sans avoir été transformée. « Nous perdons en compétitivité comparé à d’autres pays comme le Sri Lanka », relève Churchill Ogutu, directeur de la recherche de la banque d’investissement Genghis Capital. « Et nous n’avons vu aucun signe d’amélioration de la valeur ajoutée », ajoute-t-il, soulignant que cet objectif s’inscrirait pleinement dans le programme du président Uhuru Kenyatta, qui entend développer quatre secteurs prioritaires dont le manufacturier.
Cet expert de l’économie kényane note cependant que si le coup est dur pour les petits producteurs, les conséquences de ces vicissitudes pourraient être limitées pour le pays, dont les sources d’entrée de devises se sont bien diversifiées ces dernières années. Churchill Ogutu cite notamment « la place de plus en plus grande prise par les transferts d’argent de la diaspora [vers le Kenya] ou encore le tourisme, qui a connu un rebond et doit encore progresser cette année ».
[ad_2]
Source link
Have something to say? Leave a comment:
