Au Kazakhstan, des législatives sans suspense et sans opposition

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Manifestation de l’opposition à l’occasion de la Journée de l’indépendance, le 16 décembre 2020 à Astana.

Quelque 18 millions d’habitants sont appelés aux urnes dimanche 10 janvier pour les élections législatives au Kazakhstan. Il y a quelques mois encore, le scrutin promettait d’être plus équitable et inclusif grâce aux promesses de réformes du président Kassym-Jomart Tokaïev, un fidèle de l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev, qui lui a cédé son poste en 2019 après trois décennies au pouvoir. Il n’en sera finalement rien : aucun parti d’opposition n’a été autorisé à y participer, ce qui laisse peu de doutes sur l’issue du vote.

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« Les lois actuelles sur les élections et les partis politiques ont été élaborées pour protéger les détenteurs du pouvoir. Toute élection fondée sur de telles lois ne peut exprimer les intérêts du peuple et est donc illégale », a dénoncé Rysbek Sarsenbaiuly, figure connue de l’opposition, lors d’une conférence de presse le 22 décembre 2020. Son parti, Halyq Biligi (« le pouvoir du peuple »), a demandé un report du scrutin pour pouvoir changer la loi électorale. A défaut, il a appelé à boycotter les élections.

Le seul parti politique officiellement enregistré qui se qualifie de groupe d’opposition, le parti national-social-démocrate (OSDP), a dit regretter que le paysage politique kazakh continue d’être dominé par la même élite politique, et a décidé lui aussi de boycotter les élections. Au final, cinq partis, dont aucun ne se présente sur une plate-forme d’opposition, ont fait campagne, sur fond de harcèlement des militants politiques. Des restrictions ont également été mises en place pour limiter le travail des observateurs électoraux.

Abolition de la peine de mort

Quelques jours avant le scrutin, le 2 janvier, cette ancienne république soviétique avait pourtant fait parler d’elle en termes positifs lorsqu’elle avait annoncé avoir aboli la peine de mort, suspendue de fait par un moratoire en vigueur depuis près de vingt ans. La décision d’interdire formellement la peine capitale, perçue comme une avancée importante, a permis de gagner des points en matière de droits de l’homme sur la scène internationale, sans que cela remette en cause le système politique kazakh. « Cela ne leur coûte pas cher, et ça permet de soigner leur image auprès de leurs partenaires européens », observe Catherine Poujol, spécialiste de l’Asie centrale à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).

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Le mécontentement social commence toutefois à poindre à l’intérieur du pays. « Il y a une opposition naissante et une demande de changement, mais les autorités tentent de l’étouffer, explique Nargis Kassenova, chercheuse au Davis Center for Russian and Eurasian Studies, à l’université de Harvard. Ce contexte autoritaire difficile stimule toutefois la créativité des citoyens : de nouveaux types d’action civile émergent, avec la possibilité, à terme, de devenir de véritables partis politiques aux programmes distincts. »

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