Au Brésil, l’épidémie de coronavirus permet le retour au travail des médecins cubains

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Un médecin cubain à l’Unité de santé d’Alexania, à 80 km au sud-ouest de Brasilia, dans l’Etat de Goias, le 22 novembre 2018.
Un médecin cubain à l’Unité de santé d’Alexania, à 80 km au sud-ouest de Brasilia, dans l’Etat de Goias, le 22 novembre 2018. EVARISTO SA / AFP

Maria Ochoa est un peu perdue dans ses émotions. « En tant que médecin, je suis bien sûr très préoccupée par le coronavirus… et, en même temps, si heureuse de pouvoir recommencer à travailler ! », confie par téléphone cette docteure cubaine de 52 ans, désormais basée à Olinda (Pernambouc), sur la côte nordestine brésilienne.

En ce début mai, comme plusieurs centaines d’autres docteurs originaires de l’île caribéenne, et en pleine pandémie due au coronavirus – qui avait fait presque 14 000 morts au jeudi 14 mai –, Maria Ochoa a pu réintégrer le célèbre programme social « Mais Medicos » (« plus de médecins ») qui, grâce à l’envoi de milliers de médecins étrangers, pour l’essentiel cubains, a permis d’offrir des soins basiques aux populations des régions les plus pauvres du Brésil.

Le programme fut lancé avec succès en 2013 par la gauche du Parti des travailleurs (PT) au pouvoir. Mais tout change en novembre 2018. En conflit ouvert avec le nouveau président d’extrême droite Jair Bolsonaro, La Havane met brutalement fin à sa participation à Mais Medicos. Environ 8 300 Cubanos travaillant au Brésil se retrouvent sans emploi et interdits d’exercer. Quelque 1 800 d’entre eux ne repartiront pas chez eux.

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« J’étais en couple avec un Brésilien, j’ai donc décidé de rester au Brésil », se souvient Maria Ochoa, alors affectée depuis près de cinq ans dans la miséreuse cité amazonienne de Cujubim (Rondônia). Les mois qui suivent sont difficiles. « Dans la région, il n’y avait pas de travail pour moi, même comme vendeuse dans les pharmacies… pour survivre, j’ai commencé à donner des cours d’espagnol dans la capitale de l’Etat, Porto Velho », se rappelle Maria Ochoa. Une véritable humiliation pour cette spécialiste en gériatrie, avec trois décennies de carrière derrière elle : « Je suis tombée en dépression. »

« Mais Medicos » cible de Jair Bolsonaro

Pendant un an et demi, pour elle et les autres docteurs cubains demeurés au Brésil, l’attente d’une autorisation d’exercer est longue. Vite dépassé par la pandémie due au coronavirus, le gouvernement fédéral se résout début mars 2020 à réintégrer les Cubanos au programme Mais Medicos. Selon les données fournies au Monde par le ministère de la santé, 526 professionnels ont déjà recommencé à travailler dans 354 municipalités. Plusieurs centaines d’autres pourraient suivre le même chemin.

Mais Medicos était l’une des cibles favorites de Jair Bolsonaro. Durant sa campagne victorieuse de 2018, le candidat d’extrême droite avait promis d’« expulser » les docteurs cubains du pays, soupçonnés d’être des espions à la solde du régime castriste. M. Bolsonaro remet alors en question leur compétence et compare leur condition à de l’« esclavage » : La Havane conservait en effet à peu près 70 % du salaire de « ses » médecins. « Sur 10 000 reais [2 800 euros à l’époque], je n’en touchais que 2 900 », se souvient Maria Ochoa. Aujourd’hui, les docteurs cubains « réintégrés » dans le système brésilien touchent l’intégralité de leur salaire, pour des contrats d’une durée minimum d’un an.

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