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LETTRE DE RIO DE JANEIRO
C’est le symbole du Brésil par excellence : son drapeau. L’un des plus connus et des plus reconnaissables au monde. Losange jaune sur fond vert, orné d’un globe bleu nuit, lui-même constellé d’étoiles et traversé par la célèbre devise positiviste, « Ordre et Progrès », expression même de l’unité du pays.
Sauf que, depuis quelque temps, la bannière de la concorde est devenue une pomme de discorde, objet d’innombrables polémiques. Avec le maillot de la Seleçao (la sélection nationale de football) et l’hymne national, le drapeau brésilien sert en effet aujourd’hui tout à la fois d’emblème et d’objet fétiche aux partisans du président Jair Bolsonaro.
Pas une manifestation d’extrême droite sans fanions auriverdes (« d’or et de vert »). A chaque rassemblement, les soutiens du président agitent et déploient leurs bannières, s’en drapent, l’utilisent en bandana, casquette, sac à dos, ou comme masque anti-Covid-19… Les plus agressifs s’en servent comme arme de poing contre les journalistes. Les plus exaltés l’accrochent à leur fenêtre.
Accaparement des symboles
Tout cela est assez naturel : Jair Bolsonaro, un ancien capitaine, farouchement nationaliste, a développé une passion toute militaire pour les couleurs nationales. « Notre drapeau ne sera jamais rouge, sauf si notre sang doit être versé pour le conserver vert et jaune ! », lançait-il le 1er janvier 2019, lors de son discours d’investiture, une bannière à la main, opposant les couleurs du Brésil à celles de la gauche du Parti des travailleurs (PT).
La belle bannière serait-elle perdue à jamais, propriété privée des bolsonaristes au pouvoir ? Pas si sûr. Depuis quelques semaines, en pleine épidémie due au coronavirus, un important mouvement a surgi au Brésil, venu contester l’accaparement des symboles nationaux par l’extrême droite. Et récupérer en priorité le drapeau auriverde.
Tout a débuté en ligne, via un hashtag, #devolvamnossabandeira (« rendez-nous notre drapeau »), accompagné d’une vidéo. Cette dernière appelle les Brésiliens à ne pas laisser l’étendard entre les mains de « ceux qui prêchent la violence, menacent notre histoire, nos droits et notre Constitution » et encourage les internautes à afficher les couleurs nationales sur leur photo ou à épingler une petite bannière émoji à leur profil.
Le mouvement a rencontré un franc succès, repris par plusieurs personnalités politiques de premier plan et, surtout, par le célèbre youtubeur Felipe Neto, suivi par 12 millions d’abonnés sur Twitter (deux fois plus que Jair Bolsonaro). « Cette usurpation a assez duré ! Le drapeau du Brésil représente tout le pays. Il ne peut pas être associé à un parti, et encore moins à un groupe extrémiste », insiste pour sa part Claudio Couto, politologue, qui a rejoint avec enthousiasme la mobilisation.
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