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Pendant vingt-quatre heures, le Pérou est resté acéphale. Ce n’est que lundi 16 novembre en fin d’après-midi, après une semaine d’agitation politique, que la situation s’est débloquée et que le Congrès a désigné son chef, le député Fernando Sagasti, du parti Morado (centre). Il deviendra mardi président par intérim – le troisième en sept jours. « Ce qui manque à notre pays en ce moment, c’est la confiance. Faites-nous confiance, nous agirons comme nous le disons », a-t-il déclaré devant le Parlement.
La nomination de cet ancien ingénieur industriel de 76 ans fait suite à de longues tractations politiques après la crise provoquée par la destitution, lundi 9 novembre, du président Martin Vizcarra (que M. Sagasti n’a pas votée) et l’accession controversée au pouvoir du président du Congrès, Manuel Merino, un ultraconservateur représentant de la vieille garde politique.
Des manifestations historiques s’en étaient suivies pendant six jours, des dizaines de milliers de Péruviens descendant dans les rues aux cris de « Merino ne me représente pas » ou de « Merino démission ». Des protestations pacifiques, violemment réprimées par la police samedi soir, faisant deux morts, près de 70 blessés et au moins cinq disparus. M. Merino avait finalement démissionné dimanche.
Fernando Sagasti, fondateur du parti Morado (centre), à la longue et illustre trajectoire politique et académique, a été choisi par 97 parlementaires (26 ont voté contre). Mirtha Vásquez, du Frente Amplio (gauche) devient, elle, la première vice-présidente du Congrès : ce serait elle qui prendrait sa place si M. Sagasti venait à quitter à son tour le pouvoir.
« La désignation de Sagasti est une des meilleures solutions possibles, considère le journaliste Gustavo Gorriti, directeur du média d’investigation IDL-Reporteros. Le parti Morado a voté en bloc contre la destitution et a gardé une position totalement cohérente en défense de la démocratie et contre l’usurpation du pouvoir par l’extrême droite qui, fort heureusement, n’a duré que cinq jours. »
Mobilisation de la « génération du bicentenaire »
Devant le Congrès, des milliers de personnes, surtout des jeunes, s’étaient encore réunies lundi dans l’attente du vote, nombre d’entre elles portant des pancartes aux noms et à l’image d’Inti Sotelo, 24 ans, et de Bryan Pintado, 22 ans, les deux victimes de la répression policière. Les jeunes, jusque-là indifférents à la vie politique du pays, rejettent la corruption, le clientélisme et la défense d’intérêts particuliers de la part des parlementaires. La mobilisation de ce que l’on appelle la « génération du bicentenaire » (de l’indépendance du Pérou, qui sera célébrée en 2021) a surpris dans un pays peu habitué aux grands mouvements populaires.
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