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Elle était politiquement très affaiblie. Mais nul ne s’attendait à ce qu’elle prenne maintenant une telle décision : Annegret Kramp-Karrenbauer (« AKK ») ne sera pas candidate à la succession d’Angela Merkel à la chancellerie. Elle compte également quitter prochainement la présidence de l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Sa décision a été annoncée à l’état-major de son parti, lundi 10 février dans la matinée. « AKK » restera en revanche ministre de la défense, a-t-elle annoncé, en début d’après-midi, lors d’une conférence de presse au siège de la CDU, à Berlin.
L’événement constitue un séisme politique en Allemagne : à un an et demi des prochaines élections législatives, prévues à l’automne 2021, la droite conservatrice – toujours la première force politique du pays dans les sondages – se retrouve sans chef de file et sans prétendant pour succéder à Mme Merkel, qui gouverne le pays depuis 2005.
La décision de Mme Kramp-Karrenbauer a pour cause immédiate la crise qui a secoué la Thuringe, mercredi 5 février, quand le candidat du petit parti libéral FDP, Thomas Kemmerich, a été élu, à la surprise générale, avec les voix de la CDU et du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Une élection qualifiée de « coup de tonnerre » et de « tabou brisé » par tous les journaux allemands : jamais depuis la naissance de la République fédérale d’Allemagne, en 1949, le ministre-président d’un Land n’avait été élu avec les voix de l’extrême droite.
« AKK » n’a pas su imposer son autorité en Thuringe
Pour Mme Kramp-Karrenbauer, la gestion de cet épisode a d’emblée viré au cauchemar. Le jour de la victoire de M. Kemmerich, elle a immédiatement réclamé la tenue de nouvelles élections en Thuringe. Pour cela, une majorité des deux tiers des élus régionaux de ce Land d’ex-Allemagne de l’Est est nécessaire, dont notamment ceux de la CDU. Or, ceux-ci ont tenu tête à la présidente du parti, qui n’est pas parvenue à imposer son autorité malgré sa venue, jeudi soir, à Erfurt, la capitale de la Thuringe, pour une réunion de plus de cinq heures avec les élus conservateurs de la région.
Défiée par l’aile droite de la CDU, qui a ouvertement enfreint la règle de non-coopération avec l’AfD fixée au congrès de Hambourg, en décembre 2018 – congrès au cours duquel « AKK » s’était fait élire à la tête du parti –, Mme Kramp-Karrenbauer était aussi critiquée, en interne, par certaines figures de l’aile centriste. Celles-là même qui l’avaient pourtant portée au pouvoir lui reprochaient d’avoir insuffisamment anticipé l’épisode de mercredi, en Thuringe, en négligeant de cadrer les choses en amont, alors que, depuis les élections régionales du 27 octobre 2019, plusieurs élus régionaux de la CDU avaient laissé entendre qu’ils étaient prêts à tout pour éviter la réélection du ministre-président sortant, Bodo Ramelow, membre du parti de gauche Die Linke, quitte à coopérer avec l’AfD.
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