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Le président de l’AHRIM, Jean-Michel Pitot (à g.), et le ministre du Tourisme, Anil Gayan, étaient à Ébène hier.
IL fallait s’y attendre. L’assemblée générale de l’Association des hôteliers et des restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM), qui s’est tenue hier soir, vendredi 28 juin, au Hennessy Park Hotel à Ébène, n’a pas dérogé à sa longue tradition, celle d’un environnement propice à un duel entre le président sortant et le ministre de tutelle, avec comme arbitre Jocelyn Kwok, Chief Executive Officer de l’association. Le président de l’AHRIM, Jean-Michel Pitot, n’a d’ailleurs pas mâché ses mots, et s’est livré à un diagnostic sévère des maux qui rongent l’industrie hôtelière. La réplique ne s’est toutefois pas fait attendre.
Le ministre du Tourisme, Anil Gayan, a répondu du tac au tac à Jean-Michel Pitot, n’hésitant pas à rappeler que le discours alarmiste des opérateurs «est du réchauffé, recyclé et raté et qu’il faut être lucide et respecter la réalité car personne n’a le monopole de Monsieur Je-sais-tout».
Jean-Michel Pitot, également Chief Executive Officer du groupe Attitude, n’a pas voulu tourner autour du pot. «C’est la dégradation de la destination mauricienne. Il faut combattre, en plus, d’autres qui sont venus déstabiliser le secteur touristique comme le numérique qui est venu décupler la concurrence. Il ne faut pas se voiler la face : la qualité de l’image du pays est une des plus grandes faiblesses de l’industrie. Or, ce n’est pas nouveau car, il y a trente ans, Herbert Couacaud, alors patron du groupe Beachcomber, tirait la sonnette d’alarme sur ce risque.»
Loin de s’adonner au jeu de «blame game», Jean-Michel Pitot dit souhaiter s’appuyer sur la présence des décideurs économiques et des opérateurs hôteliers pour porter plus loin cette industrie. «Asseyons-nous autour d’une même table et rédigeons ensemble, public et privé, acteurs de tous bords, un plan d’action commun.» Il ajoute que ces actions doivent porter sur quatre axes.
Tout en demandant que le tourisme soit décrété priorité économique nationale, Jean-Michel Pitot trouve qu’il faut enlever les obstacles susceptibles d’empêcher les hôteliers de remettre les plages en état. Il s’étonne qu’une action aussi essentielle que la réhabilitation des plages, outil de travail des hôteliers, nécessite l’intervention de six institutions et une attente de huit mois.
Jean-Michel Pitot estime qu’il est devenu urgent qu’on donne au secteur les moyens de ses ambitions. «Il y a deux ans, 1 % des touristes disait ne pas vouloir recommander Maurice à leurs amis. Or, aujourd’hui, ils sont 10 %.» Ce qui le pousse à dire que le «koz kozé» ne pourra pas renverser cette tendance.
Langage défaitiste
Le ministre du Tourisme a, d’emblée, déploré le langage défaitiste des dirigeants de l’AHRIM. «Il est dommage que, quand je lis ce que disent les dirigeants de l’AHRIM dans la presse, je retiens le message suivant : ‘C’est la grande misère qui frappe les hôteliers. C’est la catastrophe’ Je crains que bientôt l’industrie du tourisme soit atteinte d’un mal incurable. Mais tel n’est pas le cas comme témoigne le sourire de ceux qui sont présents ce soir.»
Anil Gayan dit regretter que les dirigeants de l’AHRIM n’aient pas dit toute la vérité quant aux vraies raisons de la baisse des arrivées touristiques. «Je reconnais que les responsables d’une industrie aussi importante que le tourisme ont le droit dans un pays libre comme le nôtre, d’être non seulement ‘incorrects politiquement’ mais ils ont l’obligation de faire état de tous les faits et éléments dans leurs déclarations publiques. Par exemple, 110 vols d’Air Mauritius ont été annulés pendant les 4 premiers mois de 2019. En avril-mai, Emirates a réduit ses vols de 50 %. Eurowings a cessé ses vols vers Maurice avec une perte de sièges sur la destination. L’honneur exige que ces vérités soient dites surtout quand on parle d’une baisse des arrivées touristiques. Le problème n’est pas structurel mais conjoncturel. Certes, il y a des défis pour le tourisme et nous allons tous ensemble les relever. Ne nous laissons pas tentés par le catastrophisme.».
Manque de fair-play
Le ministre dénonce le manque de fair-play dans la posture des hôteliers. «Il y a un silence assourdissant quand les hôtels sont remplis. Mais aussitôt qu’il y a une baisse, tout le secteur se réveille et crie au loup. Il ne faut pas sur-dramatiser.»
Pour Anil Gayan, les hôteliers doivent pouvoir se regarder dans le miroir. «Il faut être capable de faire une autocritique pour se demander si la hausse conséquente des tarifs dans les hôtels l’année dernière n’a pas refroidi les touropérateurs dans la vente de notre destination. On parle des chiens errants. Quand l’hôtellerie avait une grosse croissance, la coïncidence a voulu que tous ces chiens errants avaient soudainement disparu.»
Qu’à cela ne tienne, Anil Gayan dit ne pas vouloir dramatiser la situation. «Je suis d’avis que les relations entre les autorités et le secteur privé ont toujours été correctes et je sais que j’ai été, et je le suis toujours, disponible à chaque fois qu’un opérateur du tourisme m’a sollicité ou me sollicite pour une rencontre. Je suis à l’écoute et je fais tout ce que je peux pour aplanir les embûches, s’il y en a.»
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