[AFP] Madagascar : L’ombre de la famine

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Victimes de la sécheresse, les populations de l’extrême sud de la Grande Île n’ont plus de quoi se nourrir.

Le grand sud de Madagascar est affamé. Comme souvent. On appelle ça le “kéré”, qui signifie “faim” en malgache. Cette fois, c’est encore pire, relatent des témoins sur place. La sécheresse, plus sévère, a fait encore plus de dégâts. Il n’a pas plu depuis neuf mois ! Les cultures n’ont rien donné. “Il y a des mois que les gens ne mangent que des “raketa mena”, des figues de barbarie. Ils se nourrissent aussi du “fandrika”, de la poudre d’argile…”, témoigne Soureyah Vololomihaingo, assistante sociale à Tsihombe.

 

Plusieurs maires de communes rurales ont donné l’alerte ces derniers jours. Les autorités malgaches et les associations humanitaires n’ont pu réagir que tardivement. “Chaque année, les villageois vendent leurs marmites et leurs assiettes pour gagner un peu d’argent pendant les périodes difficiles. Mais cette année, ils se sont mis à vendre leur toit en paille. C’est la première fois que je vois ça ! Cela montre vraiment qu’ils n’ont plus rien…”, souligne Simon Ravelojaona, coordonnateur du centre d’écoute de Ambovombe. “Il n’y a pas d’eau, donc pas de cultures et pas de nourriture pour le bétail”, reprend-il. “Certains paysans m’ont dit qu’il leur fallait faire trois kilomètres à pied pour trouver de l’eau. Ils n’y arrivent même pas. Car ils n’ont plus de force.”

 

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Il y a deux semaines, Soureyah Vololomihaingo, l’assistante sociale, s’est rendue à Anjapaly. Ce village est surnommé “la capitale de la faim”. Elle raconte : “J’ai rencontré une mère de famille qui m’a dit : “aidez-moi, mon fils est très malade. Il a besoin d’aller à l’hôpital de toute urgence. S’il vous plaît, emmenez-le, je ne sais plus quoi faire.” J’ai regardé l’enfant. Il avait 8 ans mais on aurait dit qu’il en avait 4. On ne voyait que ses côtes, son ventre était vide. Je l’ai pris et je l’ai emmené à l’hôpital de Tsihombe. On allait franchir le portail d’entrée. Mais il est mort dans mes bras…”

 

Huit enfants morts

Le temps presse. Huit enfants seraient déjà morts ces derniers jours, à Ifotaka, selon le maire de la commune. Dans l’urgence, quelques vivres et compléments nutritionnels ont été distribués. Les jeunes enfants sont évidemment les plus vulnérables. Les images qui nous arrivent ces dernières heures sont insoutenables. On y voit des marmailles qui ont du mal à se tenir debout. Ils n’ont que la peau sur les os, parfois avec le ventre très gonflé.

 

“Je n’ai pas pu retenir mes larmes quand je les ai vus”, dit Solange Angèle, la députée d’Amboasay-Atsimo. C’est elle qui a pris les clichés que nous publions aujourd’hui. “Les villageois sont très émaciés et passent leur temps à dormir. Nous avons vérifié si une maladie quelconque sévissait dans le village. Mais il s’agit bien d’un problème d’alimentation. Ils se sont d’abord nourris avec des feuilles qui ont poussé au bord du fleuve mais il n’y en a déjà plus…”

Les promesses de Rajoelina

Le président Andry Rajoelina  s’est rendu ce week-end en hélicoptère dans plusieurs districts de la région. Il promet une aide rapide. “Une cartographie des sites touchés par l’insuffisance alimentaire va être établie rapidement afin que personne ne soit laissé pour compte. Tous ceux qui sont touchés bénéficieront des aides”. Il reviendra dans la région d’ici deux semaines pour “la finalisation de la mise en place des aides d’urgences”.

 

“Cela fait 60 ans que le kéré sévit dans le sud du pays. Il n’y a jamais eu de solution fiable et pérenne”, déplore le chef de l’Etat. Lui, propose la construction d’un pipeline qui traversera les régions Anosy et Androy, pour “approvisionner en eau les localités de la région” depuis les cours d’eau. Problème de taille : de l’eau, il n’y en n’a pas. Le fleuve Mandrare, notamment, est complètement à sec. Une conséquence directe et bien visible du réchauffement climatique.

 

La dernière étude sur l’insécurité alimentaire dans cette région de Madagascar date d’avril 2020. Elle estime que 1,6 million de personnes dans le grand sud ont des difficultés d’accès à la nourriture à cause de la sécheresse. 500 000 d’entre elles sont confrontées à une insécurité alimentaire sévère et dans le besoin d’une assistance urgente.

 

Lukas Garcia
(avec Volana Razafimanantsoa)

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