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Le 7 août s’est éteint, en Israël, le rabbin Adin Steinsaltz. Né en 1937, dans une famille laïque issue d’une lignée de rabbins, il avait des sources juives une connaissance encyclopédique. Il commentera inlassablement la Bible, la mystique juive et surtout le Talmud, monument du droit juif mis par écrit au milieu du premier millénaire de l’ère courante. De 1965 à 2010, il rédige un commentaire intégral du Talmud de Babylone (écrit en hébreu et en araméen), qui sera traduit en plusieurs langues, dont le français. Il signe des introductions à la mystique (La Rose aux treize pétales. Introduction à la Cabbale et au judaïsme, Albin Michel, 2002) et au Talmud (Introduction au Talmud, Albin Michel, 2002, et Personnages du Talmud, Bibliophane, 2000). L’envergure et la qualité de son œuvre sur la mystique, le Talmud, la Bible et la pensée juive sont inégalées.
Pédagogue hors pair
Ce pédagogue hors pair fut aussi un « passeur », offrant aux générations futures un accès renouvelé à la littérature classique juive.
Steinsaltz avait saisi qu’un nouveau danger menaçait le peuple juif : l’ignorance de son propre patrimoine intellectuel. Au « let my people go », de Moïse, Steinsaltz répond « let my people know » (Laisse mon peuple savoir, Paris, Bibliophane, 2002). Dès lors, il fut comparé à Rachi de Troyes, le fameux exégète du XIe siècle. Tous deux ont commenté l’ensemble du Talmud – une prouesse, vu la complexité et le volume de ce texte comparé à l’océan (yam ha-talmud, la mer du Talmud). Mais, plus que des commentateurs, ce sont des pédagogues. Un même souci les anime : répondre à chaque question que suscite le texte.
Pourtant, Steinsaltz n’offre pas l’explication du texte sur un plateau : sa glose ne « mâche » pas le travail, elle est encore moins une paraphrase ayant vocation à remplacer le texte. Steinsaltz fait beaucoup plus ; il donne les clés permettant de retrouver dans le texte ce qui a motivé le commentaire : le cercle herméneutique est bouclé. Le rabbin Steinsaltz fut un enseignant brûlant d’offrir, à ses milliers d’élèves, les moyens d’apprendre par eux-mêmes. Selon lui, la Torah n’est en effet pas l’apanage des élites ; ce pédagogue a voulu restituer à chacun de ses élèves un savoir leur appartenant de droit.
La compréhension du Talmud a divisé les commentateurs. Plutôt que d’arbitrer entre eux, Steinsaltz maintient présentes toutes les potentialités du texte original. En cela Steinsaltz est non pas un énième arbitre, mais un véritable passeur. Il évite deux écueils : la dénonciation et l’apologie. La première traque les influences étrangères et les incohérences du texte, la seconde justifie toutes les contradictions apparentes : le texte est parfait. Fort d’un amour inconditionnel pour le Talmud et d’une foi que n’ébranle pas la connaissance de l’histoire, il n’a pas hésité à mentionner les origines grecques ou latines du vocabulaire ou les recherches archéologiques liées aux passages talmudiques.
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