Acculé, Jair Bolsonaro provoque un climat de fièvre politique au Brésil

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Jair Bolsonaro arrive à cheval pour saluer la foule, devant le palais présidentiel à Brasilia, le 31 mai.
Jair Bolsonaro arrive à cheval pour saluer la foule, devant le palais présidentiel à Brasilia, le 31 mai. ANDRE BORGES / AP

Jusqu’où ira Jair Bolsonaro ? La question s’est posée avec force ces derniers jours au Brésil, à la suite des multiples déclarations menaçantes formulées par le président d’extrême droite et son entourage, laissant entrevoir la possibilité d’un coup de force, voire d’une intervention de l’armée et d’une rupture démocratique.

Après plus de 500 jours au pouvoir, et en pleine pandémie, le chef de l’Etat est aujourd’hui menacé de destitution dans plusieurs procédures parallèles.

La première se joue à la Chambre des députés, où une trentaine de recours à son encontre ont été déposés. La deuxième concerne l’enquête en cours, menée par le procureur général de la République, sur les ingérences supposées du président au sein de la police fédérale. La dernière concerne la validité même des élections de 2018, remportées par M. Bolsonaro, contestées en justice par au moins cinq actions différentes.

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Acculé, le président se défend à sa manière : toutes griffes dehors. Le 22 mai, la justice a ainsi rendu publique la vidéo d’une récente réunion ministérielle, censée rester confidentielle. On y voit un Jair Bolsonaro multipliant insultes et dérapages, tonnant contre les autres pouvoirs et se disant prêt à armer ses partisans si besoin. « S’ils étaient armés, ils iraient dans la rue (…) Je veux que tout le monde soit armé ! Un peuple armé ne sera jamais l’esclave de personne ! », lance-t-il alors.

Manifestes en faveur de la défense de la démocratie

La situation s’est tendue un peu plus encore le 27 mai. Ce jour-là, sur ordre du Tribunal suprême fédéral (STF), plus haute instance judiciaire du pays, la police mène une série de perquisitions chez une trentaine de proches de blogueurs, chefs d’entreprises, activistes ou députés, proches du clan présidentiel. Tous sont soupçonnés d’avoir participé activement à la diffusion massive d’appels à la haine et de fausses informations à l’encontre de plusieurs institutions et figures publiques, en particulier durant la campagne de 2018.

L’opération a ulcéré Jair Bolsonaro. « C’est terminé, putain ! (…) Des journées [comme celle-ci] ne se reproduiront plus ! (…) il y a des limites ! », s’est enflammé le président, rejoint par son fils Eduardo, député au Parlement. Ce dernier a appelé à « punir » les juges du STF et à prendre une « mesure énergique », et tant pis si son père est « taxé de dictateur ». « Ce n’est plus le moment de se demander si [le point de rupture] va arriver, mais quand », a lancé l’élu, volontiers menaçant.

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Esbroufe ? Tentative d’intimidation ? Ou véritable menace ? Ces déclarations ont en tout cas un peu plus électrisé un pays. Plusieurs manifestes en faveur de la défense de la démocratie ont été lancés en ligne, dont l’un, baptisé « estamos juntos » (nous sommes ensemble), a été signé par un large spectre de politiques et d’artistes, de droite comme de gauche. Le texte est cependant mort-né : il n’a pour l’instant pas retenu les faveurs de l’ancien président Lula, leader de l’opposition, qui refuse obstinément d’apposer son nom aux côtés de dirigeants de droite, selon lui responsables de la destitution de sa successeure Dilma Rousseff.

Lassés par ces petits jeux politiciens, certains ont donc décidé sans attendre de prendre la rue. Dimanche 31 mai, plusieurs centaines de manifestants antifascistes ont marché sur l’avenue Paulista de Sao Paulo aux cris de « democracia ! » La plupart étaient des supporteurs de clubs de football, dont le Corinthians, ancienne équipe du légendaire Socrates, opposant à la dictature militaire. Ils se sont heurtés aux forces de police, armées de gaz lacrymogène, mais aussi à des partisans très remontés de Jair Bolsonaro.

Périlleux jeu d’échec

Car la crise a polarisé un peu plus le Brésil (48 % de la population jugent que M. Bolsonaro devrait démissionner, quand 50 % s’y opposent, selon institut de sondages Datafolha), mais aussi entraîné une radicalisation supplémentaire des partisans du chef de l’Etat.

Samedi 30 mai, une poignée d’extrémistes a ainsi effectué une marche aux flambeaux à Brasilia, à la manière des suprémacistes blancs et du Ku Klux Klan américain. De son côté, le député de Rio de Janeiro Daniel Silveira, fidèle du président, a directement menacé dans une vidéo les manifestants antifascistes, traités de « fils de pute communistes », disant espérer que l’un d’eux « se prendra une balle dans la poitrine » et affirmant qu’il pourrait lui-même réaliser le coup de feu et « décharger son arme » s’il se sentait menacé.

Dans ce contexte pour le moins tendu, ce sont les militaires qui ont la main. Publiquement, l’option d’un coup de force est certes balayée par les ministres en treillis. Mais en privé, soucieux d’ordre et de hiérarchie, ces derniers se montrent de plus en plus exaspérés par les velléités du pouvoir judiciaire.

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Le 22 mai, le général Augusto Heleno, influent conseiller à la sécurité institutionnelle du président, a ainsi menacé les autres pouvoirs de « conséquences imprévisibles », en cas de saisie du portable de Jair Bolsonaro par la justice. Plusieurs réservistes réclament déjà haut et fort une action de l’armée, à travers l’utilisation de l’article 142 de la Constitution. Il lui permettrait, selon les partisans du chef de l’Etat, d’intervenir afin de garantir les « pouvoirs constitutionnels ».

Dans ce périlleux jeu d’échec, où chaque pièce est fragile comme du cristal et lourde comme du plomb, c’est à qui fera le premier faux mouvement ou le mouvement de trop. Chacun craint aujourd’hui la réaction du chef de l’Etat et de ses partisans, en cas de perquisition ordonnée au sein du palais présidentiel du Planalto, ou d’arrestation de l’un des membres de sa famille. Dans la fameuse réunion ministérielle dévoilée le 22 mai, Jair Bolsonaro a d’ores et déjà prévenu : « Je ne vais pas attendre que ma famille se fasse niquer. »

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