A Tripoli, de violentes manifestations dans un contexte politique explosif

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Des soldats libanais lors de confrontations avec des manifestants, à Tripoli, le 28 avril.
Des soldats libanais lors de confrontations avec des manifestants, à Tripoli, le 28 avril. IBRAHIM CHALHOUB / AFP

Quartier de Ghouraba, à Tripoli, dans le nord du Liban. Des ruelles étroites au sol défoncé, autour d’un cimetière. Assiettes à la main, des femmes et des enfants vont s’asseoir en face de l’une des bicoques de ce faubourg, transformée en cuisine temporaire par une association. Ils attendent leur tour pour ramener ce qui tiendra lieu d’iftar, le repas de rupture du jeûne, en ce temps de ramadan. Ni distanciation sociale, ni masques, quand bien même la menace du nouveau coronavirus reste présente. Un masque ? C’est le cadet des soucis d’Amina Majdalani, 40 ans. « On vit au jour le jour en se demandant ce qu’on va manger. » Son mari, ouvrier, travaille « quand il y a une occasion ». Au moins a-t-il encore un emploi.

Tous les ingrédients sont réunis pour que la rue explose : la dévaluation officieuse mais galopante (le dollar s’échange à 4 000 livres libanaises, contre 1 500 selon le taux officiel) ; l’inflation (le prix du lait pour bébé a triplé) ; l’activité économique, déjà sinistrée, à l’arrêt pour cause de crise sanitaire ; les restrictions bancaires draconiennes et sans base légale.

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A Ghouraba, dit Adnane, on a distinctement entendu le son des émeutes qui ont secoué le centre de Tripoli dès lundi, ou du moins « les tirs ». Les tensions ont repris mercredi 29 avril en soirée, sur la place Al-Nour, qui fut pendant plusieurs mois l’épicentre de la contestation populaire née en octobre 2019, et dans le quartier de Mina, près de la mer. Adnane a toutes les raisons de manifester. « Dans ma vie, je n’ai vu mon quotidien que régresser. On touche le fond aujourd’hui. » S’il comprend la colère, ce père de famille de 40 ans ne descend pas dans la rue : « J’hésite, un manifestant est mort [décédé mardi de ses blessures après avoir été touché par un tir à balle réelle de l’armée la veille]. Et puis j’ai des cousins soldats, je ne veux pas me retrouver en face-à-face avec eux. »

Contexte politique explosif

Les manifestations ont pris un tour violent depuis leur retour dans la ville. Sur la place Al-Nour et dans le centre-ville, des banques ont été incendiées. Des ouvriers posent des panneaux en métal sur les vitrines des agences, fermées. Mercredi après-midi, dans le quartier de Mina, des jeunes manifestaient contre l’arrestation par les services de sécurité de protestataires. Le soir, les scènes des jours précédents ont repris : jets de pierre et de pétards contre les soldats, tirs de balles en caoutchouc par l’armée. Et des blessés, des deux côtés.

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