A Strasbourg, Jean-Claude Juncker fait ses adieux aux eurodéputés

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Jean-Claude Juncker lors de son discours d’adieux au Parlement européen, le 22 octobre à Strasbourg.
Jean-Claude Juncker lors de son discours d’adieux au Parlement européen, le 22 octobre à Strasbourg. Jean-Francois Badias / AP

L’hémicycle était clairsemé, ce mardi 22 octobre au matin, quand Jean-Claude Juncker s’est levé pour faire ses adieux au Parlement européen. Pour saluer la fin d’une époque, les eurodéputés ne s’étaient pas précipités. C’est un fait, plus de 60 % d’entre eux ont été élus pour la première fois à Strasbourg en mai, et n’ont aucune histoire commune avec le Luxembourgeois, qui achève ainsi une carrière d’européen convaincu de plus de trente-cinq ans. Côté français, les représentants de La République en marche (LRM) avaient préféré organiser un rendez-vous avec la presse.

A plusieurs reprises, le président de la Commission a eu du mal à retenir ses larmes. Avant de plaider pour son bilan, il a parlé des hommes et des femmes avec lesquels il a partagé cette dernière aventure. Donald Tusk, le président du Conseil, son « frère jumeau », a-t-il dit, avec lequel il entretient une « complicité sans faille ». « Mes commissaires », a-t-il poursuivi, sans lesquels il « n’aurait rien pu faire ».

M. Juncker a même eu un mot pour Ursula von der Leyen, qui doit lui succéder dans les prochaines semaines. « Bon vent », a-t-il lancé à l’ancienne ministre de la défense d’Angela Merkel, à qui il manque toujours trois commissaires – avant de lui adresser, indirectement, un message quelques minutes plus tard. Il est capital, a ainsi lancé le président de la Commission, de « ne pas s’emmurer dans le Berlaymont », le bâtiment qui abrite l’exécutif européen, alors même que Mme von der Leyen compte y vivre, une première dans l’histoire de cette institution, et s’y fait aménager un espace de vingt-cinq mètres carrés.

La « dignité » de la Grèce

Sur un registre moins émotionnel, M. Juncker a énuméré ses acquis : « vingt-cinq trimestres consécutifs de croissance en Europe », « 14 millions d’emplois créés », « le taux de chômage le plus bas depuis 2000 », ou encore « le plan Juncker qui a généré 432 milliards d’euros d’investissements ». Sur ce dernier point, le Luxembourgeois n’a pas s’empêcher de manifester une certaine amertume : « Maintenant que c’est un succès, on l’appelle le Fonds européen des investissements stratégiques ».

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Il s’est aussi félicité d’avoir su assouplir les règles du pacte de stabilité et de croissance, « contre la volonté de beaucoup d’Etats membres ». Et a opposé des chiffres aux Cassandre pour qui plus de flexibilité et laxisme budgétaire ne font qu’un : « Les déficits sont passés de 6,6 à 0,7 % du PIB ».

A ces mêmes gouvernements qui ne voulaient pas que la Commission s’occupe de la Grèce, dont la crise de la dette menaçait la zone euro dans son ensemble, M. Juncker a répété sa satisfaction d’avoir su garder Athènes au sein de l’union monétaire. « Nous avons redonné à la Grèce sa dignité », a-t-il lancé.

Silence sur les paradis fiscaux

Curieusement, M. Juncker n’a pas évoqué les avancées – et elles sont réelles – de la Commission européenne dans la lutte contre les paradis fiscaux. Certes, ce sujet n’était pas dans son programme quand il a pris les rênes de l’exécutif européen le 1er novembre 2014. Mais, l’ancien premier ministre luxembourgeois a été rattrapé par l’actualité : au lendemain de sa prise de fonction, la presse révélait les « LuxLeaks » – 28 000 pages d’accords fiscaux confidentiels conclus entre 2002 et 2010 entre le fisc luxembourgeois et des multinationales. « C’est des braconniers qu’on fait les meilleurs garde-chasses », a salué Philippe Lamberts, coprésident du groupe des Verts, dont la famille politique n’avait pas voté pour M. Juncker en 2014.

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Chômage, crise migratoire, lutte anti terrorisme, crise de la zone euro…. « Ta Commission a été confrontée à des problèmes que d’autres auraient mis cinq mandats à régler », l’a félicité Manfred Weber, président au Parlement européen du groupe PPE, dont est issu M. Juncker. Avant de conclure : « Comme Schuman, comme Adenauer, tu es l’un des grands chrétiens-démocrates qui a façonné l’Europe ».

Le dossier du Brexit toujours ouvert

Parmi ses déceptions, M. Juncker a évoqué l’Union bancaire, qu’il n’a pas réussi à achever – la garantie européenne des dépôts est dans les limbes –, et qui ne permettrait donc pas de protéger l’Europe si une nouvelle crise financière devait survenir. Il a aussi parlé de la crise des migrants, qui a profondément divisé l’est et ouest, et regretté que l’accord de Dublin n’ait pas été réformé, malgré tous ses efforts. « On a pu sauver 760 vies en Méditerranée », s’est-il néanmoins félicité. « Il y a eu 16 000 morts en Méditerranée », lui a rétorqué l’eurodéputée (LFI) Manon Aubry.

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Il aurait pu aussi revenir sur le « dieselgate » – en 2015, le groupe allemand Volkswagen avait avoué avoir menti sur les émissions réelles en gaz polluants de ses véhicules – et l’absence criante de l’Europe dans ce dossier. Ou sur le Brexit, qui aura marqué sa mandature et au sujet duquel il a souvent dit sa tristesse. Après le dernier conseil européen des 17 et 18 octobre, le 147e auquel il a assisté, il aurait sans conteste préféré faire ses adieux aux eurodéputés en se félicitant que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne soit enfin organisée. Mais l’accord de divorce qui a été conclu entre l’Union européenne et le Royaume-Uni à cette occasion n’a toujours pas été ratifié par Westminster.

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