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Gabriele Micalizzi pour Le Monde
ReportageDans cette ville cernée d’ateliers textiles employant de la main-d’œuvre immigrée, les Chinois ne veulent pas être accusés de propager le virus.
Il est des villes où la quarantaine imposée par les autorités irrite les habitants. Et d’autres où celle-ci s’organise spontanément. A Prato, dans la province du même nom, en Toscane, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Florence, l’importante communauté chinoise s’est mise d’elle-même en quarantaine, se condamnant à rester la majeure partie du temps à la maison.
Bien sûr, dans cette « Hongkong à l’italienne », on croise toujours des Chinois dans les rues. Et, si de nombreux commerces sont fermés, certains restent ouverts comme ce petit restaurant, sur la via Pistoiese, où l’on peut déguster des nouilles sautées piquantes. Mais, témoigne Elio, de son nom chinois – qu’il n’emploie jamais – Zhu Han Zheng, « il y a beaucoup moins de monde ». Prato vit au ralenti. La faute au coronavirus, qui a gelé une grande partie des échanges internationaux, touchant d’abord massivement la Chine, et n’épargnant pas l’Italie qui, selon le bilan du 28 février des autorités sanitaires italiennes, est le troisième pays le plus touché par le Covid-19, avec 650 cas et 17 morts, essentiellement en Lombardie et en Vénétie, au nord de la Toscane.
Présence indispensable
Elio, 21 ans, est né à Prato. Il a suivi des études d’informatique, mais travaille dans le restaurant familial. Son parcours témoigne de l’histoire particulière de cette communauté dans une ville historiquement vouée à l’industrie du textile, lainière principalement – un musée lui est même consacré. « La récession du début des années 1990, conjuguée à la mondialisation de l’économie, a mis à mal l’industrie du textile, transférant la production principalement en Asie. C’est à ce moment que des Chinois se sont installés ici, reprenant une partie des sites à l’abandon, et conjuguant l’activité traditionnelle du textile avec celle de la confection qu’ils ont apportée », explique Simone Mangani, délégué à la culture et à la citoyenneté pour la municipalité de Prato (Parti démocrate).
Tout autour de la ville, les innombrables ateliers, aux noms déclinés en anglais, en italien et en chinois, témoignent du dynamisme de ces secteurs. Alors qu’en 1993 la communauté chinoise comptait 1 400 résidents, selon l’auteur de l’ouvrage – en italien et en chinois – Piccola storia di Prato (Gli Ori, 2015), Carlo Enrico Vannucchi, les chiffres ont bondi. Sur les quelque 200 000 habitants de Prato, les Chinois seraient officiellement 22 000 dans la ville (30 000 environ dans la région), un nombre auquel il conviendrait d’ajouter 5 000 à 6 000 « illégaux ».
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