A Londres, Shaun Bailey veut tester les cols blancs à la cocaïne

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Le candidat conservateurà la mairie de Londres Shaun Bailey, le 16 juillet 2020.

Plus personne dans le grand Londres n’ignore qui est Sadiq Khan, 49 ans, fils d’un conducteur de bus d’origine ­pakistanaise, membre très modéré du Parti travailliste devenu ­premier maire musulman de la capitale britannique, en 2016. Un événement à l’époque, même dans une ville-monde réputée pour son multiculturalisme. Peu de Londoniens réagissent en revanche à l’évocation de Shaun Bailey, même âge et mêmes origines modestes que Khan, qui veut lui ravir la place aux ­prochaines élections, en mai 2021. Et c’est bien son problème.

Énergique, expérimenté, ce conservateur noir d’origine ­jamaïcaine pâtissait déjà d’un gros déficit de notoriété en mars, quand la campagne pour les municipales (prévues en mai 2020) a brutalement été annulée pour cause de pandémie. Il continue cependant de croire en sa bonne étoile même si les sondages, il y a six mois, le plaçaient largement derrière le maire sortant, avec à peine 20 % d’opinions favorables.

Vingt ans dans les quartiers populaires

Fin août, pour relancer sa campagne, Shaun Bailey a fait une proposition choc : il a demandé aux entreprises londoniennes de tester leurs cols blancs à la cocaïne, une manière selon lui de les inciter à moins consommer. Selon une étude du King’s College de Londres de 2019, la capitale britannique représente de loin le premier marché d’Europe pour cette drogue (1 milliard de livres sterling généré par an, 23 kilos de cocaïne sniffés par jour).

« Consommer de la drogue n’est pas seulement un crime en soi, cela provoque des actes criminels, alimente les “county lines” [gangs acheminant la drogue d’une zone à l’autre] et provoque les crimes au couteau dans nos rues », explique M. Bailey, dans les colonnes de l’Evening Standard, le 24 août. Les chiffres font froid dans le dos : en 2019, 90 homicides ont été recensés à Londres, la plupart au couteau. Parmi les ­victimes, vingt-trois adolescents, un record depuis onze ans.

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La proposition de Shaun Bailey peut paraître idéaliste : ­comment imposer de tels contrôles sanitaires à des entreprises ­privées ? Ce père de deux ados marié à une enseignante sait cependant de quoi il parle : il a passé vingt ans à travailler dans les quartiers populaires de la capitale, essayant de préserver des jeunes de la culture violente des gangs. Des enfants sortis trop vite du système scolaire, nourris aux banques alimentaires, happés par la délinquance et l’argent facile. Ils « manquent de supervision de la part des adultes, ils ont besoin de sentir que l’on s’occupe d’eux », pointait-il lors d’une conférence TEDx, à Munich, en 2010. Deux ans plus tard, le Premier ministre, David Cameron, le sort de l’anonymat en le faisant venir à Downing Street, pour écouter ses conseils sur la sécurité dans la capitale.

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