A Londres, la maison harmonieuse de la créatrice Margaret Howell

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La boutique a été conçue en 2002 avec l’architecte William Russell.
La boutique a été conçue en 2002 avec l’architecte William Russell. Max Miechowski pour M Le magazine du Monde

A l’entrée, ni portier en costume ni ampoules à forte luminosité magnifiant des produits alignés dans de froides vitrines, comme dans les boutiques de luxe de New Bond Street, à deux pas. L’emblématique magasin de Margaret Howell, installé au numéro 34 de Wigmore Street, à Londres, tient davantage de la galerie où l’on vient flâner. « Je n’ai jamais aimé les points de vente fastueux et éclatants : ils recèlent toujours quelque chose de stérile », souffle la créatrice anglaise par un matin ensoleillé de février.

De cet espace de 280 mètres carrés tout en longueur, elle a fait le centre névralgique de son univers. Simple et racé, lumineux et minimal, à l’image de son vestiaire très campagne anglaise, composé de basiques d’excellente facture : sobres chemises, vestes ou blazers en sergé de coton, fines cravates, larges pantalons workwear, pulls d’officier, duffel-coats…

Lorsque, en 2002, Margaret Howell déniche cet endroit, il lui semble d’abord immense. « J’étais nerveuse en pensant que nous allions occuper une telle surface. Mais l’investir était une bonne idée car nous avons pu tout y rassembler : la boutique, l’administratif et le studio, installé juste à l’arrière. Un peu comme le concept de la Factory d’Andy Warhol. » Pour scénographier l’endroit, elle fait appel à l’architecte débutant William Russell, dont elle a remarqué, dans un magazine, la charmante maison dotée de grandes fenêtres qu’il s’est imaginée dans le quartier de Brick Lane.

Margaret Howell, à Londres, le 20 février.
Margaret Howell, à Londres, le 20 février. Max Miechowski pour M Le magazine du Monde

« Nous avons vraiment travaillé ensemble, dit-elle en insistant sur ce dernier terme. Certains architectes imposent leurs points de vue, pas William, avec qui nous pouvions faire circuler les idées. » Ils tirent parti de la longueur de la boutique en supprimant des cloisons, ouvrent la verrière au plafond, font retirer le revêtement au sol pour découvrir un vieux parquet de bois, peignent les murs en blanc.

Un savoir-faire britannique

Autant d’éléments inchangés dix-huit ans plus tard, auprès desquels sont disséminés des indices épars du goût de Margaret Howell. Les vêtements de la dernière collection, bien sûr, qui pendent sur les tringles métalliques et que les visiteurs peuvent apprécier au toucher – le soyeux d’une robe en soie, la douceur d’un pull en cachemire, la rigidité d’une parka enduite… Mais aussi des meubles et des objets de décoration ou d’arts de la table, et, sur le comptoir, des livres (sur la nature ou l’architecture).

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Ici, du mobilier années 1950 croise une théière simplissime signée Ian McIntyre. Plus loin, des lampes de bureau ou un plateau en bois voisinent avec des céramiques de Nicola Tassie. Au fond, sur une commode des années 1960, une assiette en poterie peinte, dessinée par John Adams. Dans son antre, l’Anglaise valorise ainsi le savoir-faire de l’artisanat britannique mais n’en oublie pas pour autant ses coups de cœur ramenés du Japon, où elle se rend deux fois par an et où sa garde-robe épurée séduit : céramiques de Keiko Hasegawa, cuiseur pour le riz Kakomi, vases et bols en verre soufflé qu’elle a dessinés en collaboration avec Studio Fresco…

<p>Dans les locaux de Margaret Street, non loin de Wigmore Street, les archives de la marque recèlent photos et publicités anciennes, ainsi que les créations de Margaret Howell depuis ses débuts jusqu’à la dernière saison.</p>

Dans les locaux de Margaret Street, non loin de Wigmore Street, les archives de la marque recèlent photos et publicités anciennes, ainsi que les créations de Margaret Howell depuis ses débuts jusqu’à la dernière saison.

Max Miechowski pour M Le magazine du Monde

Tout est à vendre, « mais les gens peuvent se contenter d’observer, de traîner, souligne la septuagénaire. Le staff n’est pas là pour pousser à l’achat. Ce sont souvent des salariés à temps partiel qui ont d’autres activités et d’autres intérêts artistiques par ailleurs : les conversations qu’ils ont avec les visiteurs en sont plus stimulantes ». Quant aux designers qui travaillent au studio, dans l’arrière-boutique, passer devant la sélection d’objets et de mobilier du moment peut les inspirer – « du moins, je l’espère », sourit Margaret Howell.

Souvenirs, souvenirs

A ces créatifs qui travaillent sous sa supervision, il peut arriver d’aller faire un tour dans les archives de la maison pour affûter leurs dessins. Depuis deux ans, celles-ci ont été installées dans Margaret Street, à quelques pas de la boutique. Là, les designers peuvent ouvrir une des housses qui pendent sur cintres pour en extraire d’anciens modèles, depuis les années 1970 jusqu’à la saison précédente.

« Ce qui m’importe dans ce lieu,
c’est qu’on puisse comprendre la continuité de
mon style. » Margaret Howell

Margaret Howell vient elle aussi régulièrement dans cette annexe où sont conservées photos, vieilles publicités et coupures de presse. Les souvenirs de décennies passées, puisque la créatrice fête en 2020 les cinquante ans de sa griffe. Pour ce faire, outre un film visible dans la boutique de Wigmore Street, qui résume son parcours et ses préceptes, elle a accepté d’y exposer quelques archives.

Morceaux de tissus et photographies personnelles, campagnes publicitaires datées et écharpes vintage se mêlent à de nombreux et émouvants croquis, dont les traits suggèrent la netteté des coupes et les légers mouvements que les habits font autour des corps.

Chemises sans col des années 1970, un des modèles emblématiques de la marque.
Chemises sans col des années 1970, un des modèles emblématiques de la marque. Max Miechowski pour M Le magazine du Monde

« Chez moi, la matière est centrale pour dessiner une pièce. Mais le point de départ peut aussi être la découverte d’une tenue de travail ou d’un vêtement de sport, une image, une photo tirée d’un livre d’histoire… Hier soir encore, alors que je me promenais sur les bords de la Tamise, j’ai remarqué une publicité pour je ne sais quel événement nautique. J’ai photographié l’affiche avec ces hommes en duffel-coats. L’inspiration peut venir de n’importe où. »

Un style signature

Renouvelée chaque saison, légèrement modernisée, sa mode conserve des formes fonctionnelles et des teintes naturelles. Margaret Howell n’a pas besoin d’argument marketing pour se revendiquer écoresponsable (ses pièces sont depuis ses débuts pensées pour durer) et se moque bien des tendances. Elle est de ces rares créateurs qui, lorsqu’ils parlent de « saison », font référence à la météo et non au rythme industriel des collections à ­produire. « Il faut bien sûr amender certains détails à mesure que le temps passe, mais ce qui m’importe dans ce lieu, c’est qu’on puisse comprendre la continuité de mon style », sourit-elle derrière ses lunettes à montures noires.

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A Wigmore Street, les clients peuvent la voir, timide et concentrée, aller et venir dans cette boutique qui est aussi son bureau, petite silhouette en jean, pull marin et baskets. Heureuse de ce calme repaire à son image dont elle ne s’absente que pour aller garder ses petits-enfants ou passer un séjour dans sa maison du Suffolk, où elle aime prendre des bains de mer.

Pour les 50 ans de la marque, des archives (échantillons, croquis…) y sont exposées.
Pour les 50 ans de la marque, des archives (échantillons, croquis…) y sont exposées. Max Miechowski pour M Le magazine du Monde

Autour du 34 Wigmore Street

The Wallace Collection (Rembrandt, Rubens, Fragonard, Delacroix, Canaletto ou Velásquez…) Ce musée rassemble, dans une vaste et imposante demeure XVIIIe, l’une des plus riches collections de peintures et objets décoratifs du Royaume-Uni, avec plus de 5 000 œuvres, datées du XIVe au XIXe siècle.

Hertford House, Manchester Square

Vitsœ Le fabricant de mobilier industriel moderniste fondé en 1959 et connu pour ses fauteuils encastrables et ses tables à rangements a ouvert il y a six mois une nouvelle adresse londonienne. De quoi ravir les fans de ses étagères modulables que l’on trouve, entre autres… chez Margaret Howell.

21 Marylebone Lane

Roganic En deux ans, ce restaurant a su se faire une place dans le quartier, mais aussi sur les réseaux sociaux qui raffolent de ses plats aussi graphiques et colorés que goûteux. Le tout avec une gamme de prix variée, qui va de 40 € pour la formule déjeuner au triple pour le menu découverte du soir.

5-7 Blandford Street

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