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Sur les terres les plus froides de la planète, on étouffe. Verkhoïansk, dans le nord de la Iakoutie russe, a fait la « une » de l’actualité, fin juin, avec un record de chaleur enregistré à 38 °C. L’amplitude est à peine concevable, pour une commune plus habituée aux records négatifs : − 68 °C un jour d’hiver 1933, qui lui vaut de disputer à une autre ville de la région, Oïmiakon, le titre de cité la plus froide du globe, et − 57 °C encore durant ce mois de janvier.
Depuis fin juin, le thermomètre est à peine redescendu et continue d’osciller autour des 30 degrés. Dans ce bourg d’un peu plus de mille habitants aux maisons en bois, plane la désagréable sensation de se retrouver à l’avant-poste de la catastrophe climatique, à l’instar des îles tropicales.
« Les enfants sont heureux de pouvoir se baigner dans la rivière Yama, ce qui n’est pas le cas tous les ans, témoigne le maire de Verkhoïansk, Evgueni Potapov, joint par téléphone. Mais les gens comprennent que ce n’est pas normal, et même dangereux. D’abord parce que même les anciens n’avaient jamais vu cela, mais aussi parce qu’il y a eu beaucoup d’information ces dernières années. Nous constatons aussi des hivers plus froids, mais avec moins de neige. »
Habitués aux rudesses du climat, les habitants de Verkhoïansk, éleveurs de rennes ou employés de la mine d’or, n’ont pas vu leur vie changer radicalement, mais le bétail, lui, souffre déjà : à cause de la chaleur, l’herbe pousse mal dans les pâturages. « Si cela continue à ce rythme, c’est difficile d’imaginer de quoi l’avenir sera fait », conclut le maire.
Précocité inquiétante
Les dernières données publiées par le service européen sur le changement climatique Copernicus confirment que le record observé à Verkhoïansk – qui doit encore être confirmé par l’Organisation météorologique mondiale – est tout sauf un coup de chaud passager ou localisé. Alors qu’à l’échelle du globe les températures du mois de juin ont été comparables aux records de 2019, c’est la Sibérie arctique qui enregistre les chaleurs les plus exceptionnelles : la température moyenne y était supérieure de plus de 5 degrés à la normale en juin, avec des endroits qui ont atteint jusqu’à + 10 °C. La couverture neigeuse et l’humidité du sol de surface ont atteint les niveaux les plus bas jamais enregistrés pour un mois de juin en Sibérie arctique.
Au-delà de ces records, c’est la précocité du réchauffement qui inquiète les scientifiques. Les températures ont été supérieures à la normale, surtout dans la partie occidentale de la Sibérie, dès décembre 2019 et pendant tout le printemps, avec des températures dépassant parfois les 30 °C dès le mois d’avril. Guidrometsentr, l’agence météo russe, a fait de l’hiver 2019-2020 le plus chaud en Sibérie depuis le début de ses relevés, en 1930. « Il est inhabituel que la Sibérie connaisse des températures si élevées pendant si longtemps, confirme Freja Vamborg, climatologue au service Copernicus concernant le changement climatique. Mais, avec le réchauffement climatique, on va battre de plus en plus de records. »
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