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Les Chinois ont inventé la boussole, la poudre à canon et bien d’autres choses encore, mais pas l’arithmétique. Cette réalité impitoyable s’est imposée mardi 9 février au président Xi Jinping lorsqu’il a fait le compte sur son écran des leaders des pays réunis pour ce qui devait être un sommet des « 17 + 1 » – dix-sept pays européens, plus la Chine. Sur les dix-sept, six manquaient à l’appel : ceux des six pays qui avaient décidé de n’être représentés qu’au niveau ministériel.
Ce camouflet n’a pas empêché le numéro un chinois d’affirmer en ouvrant la réunion que « 17 + 1, ça peut faire beaucoup plus que 18 ». A ce compte-là, pourrait-on lui rétorquer que 17 – 6, ça peut faire beaucoup moins que 11.
Car ce qui se cache derrière ces comptes d’apothicaire, c’est une formidable lutte d’influence au sein du triangle Chine-Etats-Unis-Union européenne (UE). Le sommet « 17 + 1 » de mardi en est une parfaite illustration. Créé en 2012 par Pékin pour intensifier la coopération économique dans le sillage de l’initiative chinoise de la nouvelle route de la soie, ce groupe, qui rassemble dix-sept pays d’Europe centrale et orientale, dont douze sont membres de l’UE (Bulgarie, Roumanie, Croatie, Slovénie, Grèce, Slovaquie, République tchèque, Hongrie, Pologne, Lettonie, Estonie, Lituanie, plus Serbie, Albanie, Bosnie-Herzégovine, Montenegro, Macédoine du Nord), a d’abord inquiété Bruxelles et Washington.
Perçu comme une manœuvre visant à diviser et affaiblir les Européens, ce format a cependant perdu de sa superbe ; les promesses chinoises d’infrastructures ont déçu, les échanges commerciaux ont démesurément tourné à l’avantage de Pékin, la propagande chinoise au début de la pandémie de Covid-19 a sérieusement terni l’image de l’empire du Milieu. En 2020, le sommet annuel des « 17 + 1 » a d’ailleurs été annulé pour cause de coronavirus.
Double message
Mais regonflé par la conclusion, fin décembre 2020, de l’accord global sur l’investissement avec l’UE sous la houlette de la chancelière allemande, Angela Merkel, Xi Jinping a voulu poursuivre sur sa lancée et convoquer ce sommet sous une forme virtuelle pour le 9 février. L’idée était de montrer à l’administration Biden fraîchement installée à Washington que, malgré ses nobles velléités de relance du lien transatlantique après la traversée du désert trumpien, l’Europe ne lui était pas acquise. Le sommet « 17 + 1 », écrivait mardi le Global Times, porte-voix du Parti communiste chinois, devait envoyer un double message : les relations entre la Chine et les pays d’Europe centrale « sont pleinement rétablies », et elles « ne sont pas affectées par les changements politiques aux Etats-Unis ».
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