A Caracas, le casse-tête de la vie quotidienne

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Un vendeur de fruits sur un marché de Caracas, le 19 novembre.
Un vendeur de fruits sur un marché de Caracas, le 19 novembre. FEDERICO PARRA / AFP

Mariana R. a 27 ans et trois enfants qui, la veille, ont dîné d’un morceau de pain. « Je veux qu’ils se souviennent, alors je leur montre les photos d’avant, quand le dimanche je les emmenais manger au McDonald’s », dit la jeune femme.

Avant, c’était il y a cinq ans, avant l’arrivée au pouvoir de Nicolas Maduro et l’effondrement des prix du pétrole. Mariana gagnait alors le salaire minimum, mangeait à sa faim et pouvait acheter « plein de trucs ». « On était riche et on ne le savait pas » : la phrase revient souvent dans les propos des Vénézuéliens. A la mi-octobre, le salaire minimum, qui inclut un « bon d’alimentation », est passé de 65 000 à 300 000 bolivares. Au taux de change de ce 25 décembre, cela fait 6 euros.

Mariana, qui a perdu son emploi il y a trois ans, vit chez sa mère à une heure de Caracas, dans un lotissement construit par la révolution bolivarienne. « Le gouvernement lui a donné un appartement, elle restera chaviste jusqu’à sa mort, explique-t-elle. J’ai des amis aussi qui continuent de soutenir le gouvernement. Ils pensent que, si l’opposition revient au pouvoir, il leur faudra payer pour l’eau, l’électricité, l’école et qu’ils vont perdre leur caisse “CLAP”. » Il s’agit des caisses de carton frappées du sigle des Comités locaux d’approvisionnement (CLAP) distribuées tous les mois ou tous les deux mois, selon les quartiers. Seuls les porteurs du Carnet de la Patrie, un registre mis en place par le gouvernement, en bénéficient. Ces caisses contiennent du riz, de la farine de maïs, du lait en poudre, parfois des haricots rouges ou une boîte de thon. « Pas de quoi tenir une semaine », résume Mariana.

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« La vie quotidienne est devenue très difficile », admet Carlos P., qui tient permanence, sous une tente rouge du Parti socialiste unifié dans le centre de Caracas. « Les infâmes sanctions américaines décrétées par Washington contre le Venezuela pour venir à bout de Nicolas Maduro ne sont pas les seules responsables de la crise actuelle. Le gouvernement a commis des erreurs qu’il faut rectifier », poursuit-il. Comme tout le monde, il a perdu du poids.

« Il y a de tout, mais on ne peut rien acheter »

Les samedis à Caracas ont pris des allures de mois d’août à Paris, la tristesse en plus. Dans les centres commerciaux, haut lieu de la vie familiale latino-américaine, un bon tiers des magasins sont fermés. Le métro, qui a longtemps fait la fierté de Caracas et l’envie de toutes les capitales latino-américaines, subit de nombreuses pannes ; les tourniquets sont débloqués, « parce que les billets sont trop chers à imprimer », explique un usager, les vendeurs ambulants ont envahi les quais.

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