A Beyrouth, le sacrifice absurde des pompiers

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Devant la caserne de Quarantina, à Beyrouth, le 10 août, les photos de Sahar Fares et Elie Khouzami, deux des pompiers morts dans l’explosion du port.

Les trois jeunes hommes posent autour d’un verre dans un bar. Ralph Malahi, beau gosse de 23 ans, yeux bleus et chemise cintrée sur un corps athlétique, ­s’impose au premier plan. Un sourire franc sur son visage encore poupon, Joe Bou Saad, 26 ans, son ami d’enfance, comme lui issu du quartier de Furn El-Chebbak à Beyrouth, est assis à la table. Un bras posé sur l’épaule de chacun d’entre eux, se tient Elie Akl, leur « frère » de 23 ans, originaire, lui, de Kfar Chima au Mont-Liban. Les trois amis se sont engagés chez les sapeurs-pompiers en 2018 et font partie de la même unité à la caserne de Quarantina, à Beyrouth.

En regardant la photo, Elie, submergé par l’émotion, ravale ses sanglots. Il est le seul des trois à avoir survécu à l’explosion au port de Beyrouth, le 4 août, qui a fait au moins 171 morts et plus de 6 500 blessés. Appelés sur l’incendie qui s’était déclaré dans un dépôt du port, avant qu’il n’explose, à un kilomètre de là, Ralph et Joe sont toujours portés disparus.

« J’aurais dû mourir avec eux. Je meurs chaque seconde. » Elie Akl, pompier

Dévasté, Elie s’affaire entre la recherche des corps, les visites aux parents de Ralph et le déblayage des débris dans la caserne, ravagée par le souffle de l’explosion. Il a le regard vide, ne dort plus. « Je pleure tout le temps quand je suis seul. Je suis en colère contre ceux qui sont responsables, qui savaient. Mes amis, eux, ont été envoyés à la mort sans le savoir », confie-t-il. La culpabilité le ronge. « J’aurais dû mourir avec eux. Je meurs chaque seconde. »

Elie Akl aurait pu être de l’équipée. Le 4 août, à 17 h 50, quand l’alerte a été donnée à la caserne, il n’était pas prêt au départ. Déjà en uniforme, Ralph et Joe ont sauté dans le camion de pompiers avec trois autres collègues. Cinq secouristes les ont suivis dans l’ambulance. Ils sont partis avec pour seule information donnée par la sûreté nationale et le département des douanes : un incendie déclaré dans un entrepôt contenant des feux d’artifice.

Il est déjà trop tard

Il leur a fallu ouvrir à la pince les portes du dépôt, d’où s’échappait déjà un immense nuage de fumée. Une vidéo et des photos envoyées par la seule femme du groupe, la secouriste Sahar Fares, immortalisent ces quelques secondes où ils réalisent la gravité de la situation. Il est déjà trop tard.

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A 18 h 08, une première explosion a secoué le dépôt, suivie d’une deuxième 27 secondes plus tard dont l’onde de choc s’est répandue sur Beyrouth, ravageant des milliers d’habitations et brisant vitres et portes à une dizaine de kilomètres à la ronde. Plus tard, le chef de la sûreté de l’Etat révélera au public qu’y étaient entreposées, depuis six ans, 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium. Un matériau chimique hautement explosif, là, en plein cœur de la ville. « Si on avait su avant ce que contenait ce dépôt, c’est l’évacuation de la ville que l’on aurait lancée, pas une ­intervention incendie », déplore le lieutenant Claude Hélou, responsable des stocks des pompiers de Beyrouth.

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