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Livre. Il ne suffit plus d’affirmer que le monde est entré dans une confrontation opposant les Etats-Unis à la Chine. Il faut aller au-delà de ce principe réaliste des relations internationales et comprendre ce que pourrait être ce choc dans la géopolitique d’aujourd’hui et la géoéconomie de demain. C’est précisément ce qu’accomplit, avec rigueur et pédagogie, Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), dans son dernier ouvrage.
Rigueur, car ce dirigeant du principal think tank français en études stratégiques a su tirer profit de ses discussions avec ses confrères européens, américains, indiens et chinois et d’échanges avec des représentants (militaires et diplomates) de ces mêmes Etats. Pédagogie, car cet historien de formation décortique la complexité des enjeux internationaux, comme s’il appelait chacun à prendre conscience de l’impact irréversible des nouvelles tensions entre l’Occident et l’Asie, leur théâtre de rivalités et leur profondeur visible et invisible.
Ode au néoréalisme
L’intérêt du livre est triple. Il se lit d’abord d’une traite, tellement le récit est captivant et l’analyse croustillante, notamment quand Thomas Gomart nous guide dans les plates-formes invisibles de la rivalité sino-américaine (guerre des données, IA, 5G, technologies militaires, renseignement, finance, etc.). Il se lit ensuite comme une analyse d’étape, en ce sens que son auteur propose de dépasser le cap de l’effet d’annonce d’une rivalité Chine-Etats-Unis pour entrer dans le cœur de la tension bipolaire sans atteindre les conclusions hâtives d’un Graham Allison, pour lequel Chinois et Américains ont de fortes chances de tomber dans le piège de Thucydide, celui d’une guerre inévitable. Certes, Thomas Gomart utilise le mot « guerre » au pluriel comme grille de lecture des tensions mondiales, mais il ne tire aucune conclusion sur l’issue de cette compétition-coopération.
Il se lit enfin comme une ode au néoréalisme, ce courant théorique des relations internationales qui, tout en se fondant sur l’Etat comme seul acteur stratégique, ne s’appuie plus sur la puissance comme fondement des rivalités entre les Etats, mais sur leur sécurité dans un monde global. En ouvrant son analyse à des problématiques non institutionnelles (comme le poids des inégalités sociales dans l’origine des conflits) ou à la place croissante du monde numérique dans les processus de décision des gouvernements, Thomas Gomart délimite les contours du choc sino-américain et propose un canevas complet de leurs intentions réelles ou cachées : de l’environnement au social en passant par le politique, l’économique, le militaire, le cyberespace et le spatial.
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