Le festival de Bologne met à l’honneur Henry Fonda

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Henry Fonda dans « Que le meilleur l’emporte » (1964), de Franklin J. Schaffner.

Devant le cruel dilemme que fait peser la crise sanitaire sur l’été des événements culturels, le festival Il Cinema ritrovato (« le cinéma retrouvé ») à Bologne, en Italie, qui d’ordinaire débute fin juin, a déplacé sa 34e édition à l’autre bout de la saison, du 25 au 31 août. Célébrant l’histoire du cinéma à travers l’actualité des restaurations et les trouvailles des cinémathèques mondiales, la manifestation affiche un programme foisonnant. Une profusion d’œuvres exhumées et restituées dans leur lustre d’origine, où perce cette année une lueur intense, celle du regard bleu acier d’Henry Fonda (1905-1982).

Le festival consacre à l’acteur américain, inoubliable interprète des Raisins de la colère (1940) ou de L’Etrange incident (1943), une rétrospective en douze films, coiffée d’un titre malicieux à l’approche des élections américaines (« Henry Fonda for President ») – d’autant plus quand on connaît les sympathies démocrates que celui-ci affichait.

Pilier de l’âge d’or hollywoodien

Henry Fonda, dont la carrière à l’écran traverse près de cinq décennies (des années 1930 aux années 1970), fut l’un des piliers de l’âge d’or hollywoodien, l’un de ces modèles presque parfaits que le système des studios sut faire émerger, comme une incarnation à la fois réelle et idéale du peuple américain, c’est-à-dire aussi bien de l’homme de la rue que des plus hautes potentialités démocratiques.

Sa présence à l’écran, prisée par les plus grands réalisateurs (John Ford, Fritz Lang, William Wellman, King Vidor, Alfred Hitchcock, Sidney Lumet), était en elle-même tout un poème : une haute taille qui défiait toute verticalité, une agilité de jeu tout en retenue, une voix d’une douceur enveloppante, un visage aux lignes contrariées, le tout exhaussé par un regard d’une clarté surréelle.

S’il est vrai que tout grand acteur construit une œuvre à travers ses rôles, ceux d’Henry Fonda, qui fit ses débuts sur les plateaux en 1935 sous les auspices du « New Deal » et du cinéma rooseveltien, eurent toujours à voir avec la notion de justice, à laquelle ses personnages étaient souvent confrontés, et dont son jeu s’est imprégné des plus profondes contradictions.

Dès J’ai le droit de vivre (1937), de Fritz Lang, Fonda joue un repris de justice, Eddie Taylor, que les préjugés sociaux empêchent de se réinsérer, sa réputation lui collant à la peau. Le comédien aurait facilement pu faire du héros une victime univoque, mais lui accorde néanmoins le bénéfice de l’âpreté et l’interprète en bête traquée, de plus en plus acculée au crime, que la société veut absolument voir en lui.

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