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Le poète voyageur allemand Friedrich von Matthisson l’avait qualifié en 1799 de « col connu pour être le plus sûr et le plus agréable, pour nous amener, les gens du Nord, vers l’Italie ». Mercredi 11 mars, le col du Brenner, axe de circulation majeur pour l’Europe, n’amène plus grand monde de l’Autriche vers l’Italie, et inversement. L’autoroute par laquelle transitent d’habitude 7 000 camions par jour ne ressemble plus qu’à un axe désertique du Massif central. La gare est vide. Les centres commerciaux italiens destinés aux Autrichiens, délaissés. Le coronavirus est parvenu à faire ce que des années de mobilisation des habitants des deux côtés de la frontière n’ont jamais réussi : réduire la circulation passant entre les montagnes, à 1 370 mètres d’altitude.
La veille, l’Autriche a en effet annoncé un régime de quasi-fermeture de la frontière. « Pour éviter les contaminations, nous avons décidé d’une interdiction d’entrée sur le territoire pour les personnes venant d’Italie, à l’exception de ceux qui peuvent présenter une attestation médicale », a affirmé le chef de gouvernement conservateur Sebastian Kurz depuis Vienne, entouré de son ministre de la santé et de celui de l’intérieur. Avec seulement 206 cas et pas un seul décès sur l’ensemble de son territoire, l’Autriche est devenu le premier pays frontalier avec l’Italie à introduire de telles restrictions. Il a rapidement été suivi par la petite Slovénie, au nord-est.
« On n’a pas le choix »
Mercredi matin, de simples contrôles de température avaient commencé à la frontière. Pris de court, la police et les services autoroutiers ne semblaient pas encore en mesure de contrôler sur-le-champ tous les passages d’une frontière totalement ouverte depuis l’adhésion de l’Autriche à l’Union européenne en 1995. Le trafic automobile était néanmoins « réduit de 90 % », selon le conducteur d’un chasse-neige. Le transport des marchandises étant toujours autorisé, le flot des camions, en revanche, se poursuivait, mais à un rythme aussi inférieur. « Je comprends tout à fait cette mesure, on n’a pas le choix », défend un patrouilleur du côté italien, en possession d’une autorisation du ministère de l’intérieur italien pour continuer de circuler.
Pour l’instant, au nord-ouest de l’Italie, la France résiste. Cette idée est « mauvaise », a affirmé Emmanuel Macron mardi soir, en parlant de « mesures disproportionnées ». Pour un président qui s’est fait fort de défendre « une réponse européenne coordonnée », et qui ne veut pas lâcher ses alliés gouvernementaux italiens, le blocage de frontière est un symbole de désunion. Même si M. Kurz a assuré que cette mesure avait été « discutée » avec Rome, les Italiens ne semblent pas l’avoir vraiment accepté.
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