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Ferdinando Scianna/Magnum
RécitKundera, le roman d’une vie (3/6). A l’été 1975, l’écrivain et son épouse parviennent à quitter la Tchécoslovaquie communiste et à rejoindre la France, où ils ont plusieurs amis. Mais les espions de Prague continuent de les surveiller.
Dimanche 20 juillet 1975, une Renault 5 bleue immatriculée ABX 5182 quitte la Tchécoslovaquie et file vers la frontière allemande, direction Munich. A l’arrière, des cartons bourrés de livres, une cinquantaine de disques, des valises, quelques robes. A l’avant, les Kundera. Véra a 39 ans, Milan, 46. L’autorisation de se rendre en France pour « 730 jours » leur a été délivrée le 2 juillet, les passeports, le 12. Une grosse semaine plus tard, le couple quitte la maison de la rue Purkynova, à Brno, en Moravie, et roule vers « l’Ouest », comme on disait avant la chute du mur de Berlin. L’écrivain laisse derrière lui sa mère. Véra abandonne aussi ses parents. Drame des exilés…
« L’existence d’un migrant permanent me déprimerait », assurait Milan Kundera en 1976
Leur avenir est tout à coup décomposé. Où les entraîne-t-il ? « J’étais absolument convaincue que jamais je ne reverrais Prague », confie aujourd’hui Véra Kundera au Monde. Cet été 1975, ce n’est pas le cas de son mari. « J’ai le droit de retourner en Tchécoslovaquie. C’est extrêmement important pour moi, assure Milan Kundera, moins d’un an après ce périple, au journal allemand Europäische Ideen. L’existence d’un migrant permanent me déprimerait. »
La R5 traverse la Bavière et avale les kilomètres. « Strasbourg, Reims, Amiens, Orléans, Troyes… Nous avons visité toutes les cathédrales », se souvient Véra Kundera. Le voyage doit prendre fin à Rennes. Pourquoi Rennes ? Par un complot de hasards, comme souvent chez son mari. Tout s’est noué à Paris, un an avant cette odyssée, à l’occasion d’une réception donnée en l’honneur de l’écrivain, révèle l’académicien Dominique Fernandez, âgé comme lui de 90 ans.
Prix Médicis étranger
En 1973, le prix Médicis étranger a couronné Milan Kundera pour La vie est ailleurs. Au printemps 1974, après un an d’atermoiements, le pouvoir communiste tchécoslovaque consent à lui octroyer un visa de quinze jours pour recevoir sa récompense à Paris. Le lauréat est attendu une fin d’après-midi chez Gala Barbisan, cofondatrice du prix. C’est une Russe de 70 ans, elle a émigré d’Union soviétique en 1935 pour épouser un riche industriel italien. « Une femme libre, à la fois stalinienne et millionnaire, précise Dominique Fernandez. Avant de choisir Kundera pour le Médicis, elle m’avait demandé : “Dominique, vous pensez que je peux donner le prix à l’ennemi de ma patrie ?” »
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