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Le chiffre est abyssal : 6,6 millions d’Américains se sont inscrits au chômage pour la semaine qui s’est achevée le 28 mars. C’est deux fois plus que les 3,3 millions enregistrés la semaine précédente, et deux fois plus que les attentes, selon les chiffres publiés jeudi 2 avril par le département du travail. En pleine crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid-19, l’économie américaine tombe comme une pierre. Et la dégradation est généralisée. « Dix millions de chômeurs de plus en deux semaines, c’est 20 fois le taux normal, et ce chiffre est sous-évalué. En comparaison, 9 millions d’emplois avaient été perdus lors de la Grande Récession », commente Paul Krugman, prix Nobel d’économie, sur Twitter.
L’Etat de New York, qui avait bien résisté avec 80 000 inscriptions la semaine précédente, est cette fois-ci pris dans la tourmente, avec 366 000 nouvelles inscriptions. La situation est catastrophique en Californie, où les demandes ont quadruplé en une semaine (879 000 contre 186 000). La Pennsylvanie, Etat désindustrialisé, reste sur une pente épouvantable, avec 406 000 demandeurs d’emplois.
Climat très sombre
De nombreuses entreprises espéraient « tenir » pendant l’épidémie en conservant leurs employés ou en leur payant leur assurance-maladie pendant le mois d’avril. Ces prédictions sur une crise courte sont manifestement révisées. S’y ajoute la création d’une indemnisation fédérale du chômage de 600 dollars par semaine, ouverte aussi aux travailleurs indépendants ou « ubérisés ». Cette innovation a pu augmenter le nombre des demandeurs d’emplois.
Il n’empêche, le climat est très sombre. Selon le Wall Street Journal, Boeing, qui avait jusqu’à présent refusé de faire un plan de licenciement, se prépare à offrir des paquets de départ en retraite anticipée. Les pertes d’emplois devraient se poursuivre, alors que les Etats annoncent, les uns après les autres, des mesures de confinement de plus en plus serrées.
Vendredi, les entreprises pourront postuler aux prêts octroyés par l’administration à travers le plan de soutien à l’économie, pour un montant total de 350 milliards de dollars. Ces prêts seront non remboursables si les entreprises utilisent les fonds pour maintenir l’emploi et payer les abonnements de première nécessité (loyer, téléphone, etc.). Les procédures bureaucratiques inquiètent les chefs d’entreprises et les banques, chargées d’administrer les prêts.
Nouveau train de mesures
Les Etats-Unis ont complètement abandonné l’idée, évoquée par le président Donald Trump, d’un pays libéré du virus pour les fêtes de Paques, mi-avril. Le Congrès réfléchit à un nouveau train de mesures de soutien à l’économie, après les 2 000 milliards (environ un cinquième de la richesse annuelle) votés fin mars. L’idée de grands travaux d’infrastructures refait surface, mais le sujet est compliqué : le temps n’est plus aux années 1930 et 1950 où l’on bâtissait ponts, barrages et autoroutes avec des camps de travail. Et cette perspective est encore compliquée par l’épidémie qui empêché les rassemblements sécurisés de travailleurs sur les chantiers.
La Bourse, qui se préparait à ouvrir en hausse jeudi, s’est retournée. L’indice Dow Jones a ouvert en baisse, mais était sans direction en début de matinée, en petit recul de 0,2 %.
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