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On commence à voir plus clair dans le scandale de vol de bois de teck qui a débouché sur l’arrestation de Roshi Bhadain vendredi dernier, sous une charge de « conspiracy to commit larcey ». Y était-il impliqué ? Jusqu’ici, il n’a pas nié avoir eu une implication directe ou indirecte dans cette affaire. Quoi qu’il en soit, la police y croit. Il avait été identifié par un témoin lors de l’enquête initiée en 2010. Mais Roshi Bhadain, directeur des enquêtes de l’ICAC à l’époque, n’avait pas été inquiété contrairement aux autres protagonistes. Dont le témoin clé, qui a pour nom Joseph Kinsley Perrine. Voyons où nous mènent les pistes de ce scandale.
Plus on essaie de comprendre comment Roshi Bhadain s’est empêtré dans cette affaire de vol de « bois de teck » appartenant au gouvernement mauricien, plus on découvre que les pistes convergent vers un point précis : Albion. Ce bois a-t-il été transformé et utilisé comme parquet en teck massif dans la maison de l’avocat ? Joseph Kinsley Perrine affirme que oui.
D’abord, il faut comprendre d’où provient le bois et comment il a pu atterrir à Albion. Tout ce bois, le teck en particulier, fait partie de notre patrimoine. Un lot important avait été récupéré suite aux travaux de rénovation de l’hôtel du gouvernement et avait été stocké dans un ancien entrepôt de l’ex-Development Works Corporation (DWC) à Pailles.
Étant donné la valeur historique de ce bois, issu de notre passé colonial, le gouvernement avait alors décidé d’allouer le tout au projet de musée de l’Aapravasi Ghat, site qui venait d’être décrété patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.
Ceux qui étaient dans le secret savaient où était entreposé ce petit trésor. Et c’est là qu’entre en jeu Joseph Kinsley Perrine, un charpentier et entrepreneur à son compte. Un de ses contacts, un certain Bijaye G., un « contracteur » connu également dans le monde des paris de courses hippiques, l’invita à venir exécuter des travaux dans son « workshop » situé à Roche-Bois. Quelques semaines plus tard, le « contracteur » lui présenta Roshi Bhadain comme client, au téléphone.
Dans sa déposition et les informations communiquées sous serment en cour, Joseph Kinsley Perrine explique que le ‘deal’ avait été fixé à Rs 70 le pied carré pour la transformation du bois en teck massif en petites lames qui devaient être assemblées. Soit pour un total de Rs 35 000.
Son job était seulement de transformer le bois en lames pour parquet. Comment devait-il s’en procurer ? Le modus operandi était simple : il devait se rendre à l’entrepôt de Pailles pour récupérer le bois. Le gardien, Sailesh S., également connu sous le sobriquet de « Gros Pois », était le facilitateur sur place. Pour le premier convoyage, Bijaye G. lui avait remis Rs 5 000 pour assurer les frais de transport et la récompense du gardien. Le lot de bois a été obtenu en quatre fois. Deux fois il a dû se rendre à l’entrepôt de l’ex-DWC et par deux fois le bois lui a été livré à Roche-Bois.
La livraison des lames de bois se faisait en plusieurs parties. Sauf que c’est un certain Sunil B. qui venait le récupérer à Roche-Bois pour le transporter à Albion.
Joseph Kinsley Perrine devait être payé par tranches, au fur et à mesure qu’il faisait la livraison. Pour la première tranche de son paiement, il devait rencontrer le client, ce qu’il affirme être Roshi Bhadain, devant la MCB de Port-Louis. Mais il aurait eu un empêchement. Et c’est finalement l’intermédiaire Bijaye G. qui lui a remis Rs 10 000 ce jour-là. Il aurait également, selon sa déposition, rencontré le client dans un bureau à Ébène et une troisième fois à Albion, alors que les travaux d’aménagement étaient terminés.
Selon Joseph Kinsley Perrine, il y avait un surplus de lames de teck. C’est comme ça qu’il les auraient récupérées et que celles-ci seront saisies par les enquêteurs du CCID.
Comment le pot aux roses a-t-il été découvert ?
C’est un « Site Manager » qui découvrit que le bois réservé pour le projet de l’Aapravasi Ghat avait disparu. Et c’est à partir de sa déposition qu’une première estimation de Rs 600 000 avait été établie, c’est-à-dire la valeur du bois de teck volé.
Le premier à tomber dans les filets des enquêteurs a été le gardien de l’entrepôt. Puis ce fut Joseph Kinsley Perrine qui, lors de son interrogatoire, a avoué qu’il exécutait ses travaux dans l’atelier de Bijaye G., cité comme son client et intermédiaire entre lui et Roshi Bhadain, le principal bénéficiaire du bois transformé en lames pour parquet.
De plus, lors de son interrogatoire en mai 2011, Joseph Kinsley Perrine avait identifié Roshi Bhadain comme le client dans les quartiers du CCID. Il était à l’époque le directeur des enquêtes de l’ICAC. Il ne fût pas inquiété, mais, par contre Bijaye G., l’intermédiaire, fût inculpé tout comme le charpentier.
Joseph Kinsley Perrine demeure donc un témoin clé dans l’enquête qui a été rouverte pour déterminer si Roshi Bhadain avait oui ou non bénéficié des objets (bois) volés. Mais, il y a aussi d’autres protagonistes qui, entretemps, se sont joints à la liste des témoins, dont un avoué, le convoyeur et un travailleur manuel.
La suite dans notre prochain article qui sera publié demain matin, mercredi 22 décembre.
Les dessous du scandale « bois de teck » : comment les pistes mènent à Albion chez Bhadain
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