Amédée Dabeecharun: «Nous brisons le cercle vicieux de l’abandon d’enfants»

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Amédée Dabeecharun, Mananging Director de SOS Villages d'Enfants «Nous brisons le cercle vicieux de l’abandon d’enfants».

Amédée Dabeecharun, Mananging Director de SOS Villages d’Enfants «Nous brisons le cercle vicieux de l’abandon d’enfants».

SOS Villages d’Enfants Maurice fête ses 30 ans d’existence cette année alors que l’Organisation Internationale a célébré ses 70 ans mercredi. Amédée Dabeecharun, le Managing Director de la branche locale, fait son bilan et évoque les défis à venir.

Formé dans votre jeunesse auprès de l’Institut pour le Développement et le Progrès, vous avez été fonctionnaire à la National Development Unit avant de débuter comme coordonnateur à SOS Villages d’Enfants. Cela fait 20 ans que vous y êtes. Des regrets ? 
Aucun regret. Quand je suis arrivé à SOS Villages d’Enfants, le village de BeauBassin était en place. Avec toute une équipe, j’ai fait sortir de terre celui de Bambous en 2001. J’ai appliqué des projets tangibles, qui ont fait la différence dans la vie des enfants et de leurs familles. Ces 20 années n’ont pas été un long fleuve tranquille mais le partage et l’apprentissage m’ont enrichi et c’est toujours le cas.

Combien d’enfants sont passés à SOS Villages d’Enfants et combien sont autonomes aujourd’hui ? 
Nous avons encadré près de 300 enfants. Nous continuons à accompagner ceux qui sont nouvellement intégrés. Parmi ce nombre, 62 % sont stables. Ils ont un emploi et sont financièrement autonomes. Quelque 27 % sont sur la bonne voie et ont encore besoin de notre soutien et c’est là que notre programme Aftercare entre en jeu. C’est un programme d’aide psychosocial visant à guider ces anciens enfants de notre prise en charge familiale par rapport à leur éducation, leur formation, leurs besoins fondamentaux, leur bienêtre social et affectif et aux démarches à entreprendre, par exemple, pour avoir un logement ou un emploi. Si nécessaire, nous leur offrons un settlement package, soit une aide financière pour louer un logement et d’autres besoins pour un temps défini. Certains ont des difficultés avec la cellule familiale, et nous faisons le bonding entre eux. Et 8% des enfants sont dans des situations difficiles. Les 3 % d’anciens enfants restants sont en difficulté malgré tous nos efforts, c’est-à-dire que certains ont eu des démêlés avec la justice et ils ont besoin de faire beaucoup d’efforts pour s’en sortir. Nous brisons le cercle vicieux de l’abandon d’enfants.

En sus d’avoir fait sortir le deuxième village de terre, qu’avez-vous mis en place à SOS Village d’Enfants ?
Après la construction du village d’enfants SOS Bambous, on a démarré le Programme de Renforcement des Familles en 2004. C’est un programme de prévention d’abandon des enfants ciblant 233 familles vulnérables, soit environ 700 enfants. En 2006, on a commencé la formation d’éducateurs préprimaires. Plus de 200 aspirantes éducatrices ont été formées. Notre centre socio-éducatif a construit en 2011 à Curepipe et quelque 75 enfants reçoivent l’éducation préscolaire. En 2016, nous avons lancé le programme de maisons SOS intégrées dans la communauté et valeur du jour, il y en a six prenant en charge quelque 25 enfants.

Qui sélectionne les enfants qui vous sont confiés ?
C’est le ministère de l’Égalité du Genre qui nous réfère les enfants et qui décide aussi de leur réintégration dans leur famille à 18 ans ou plus tôt. C’est bien que la durée de placement dans une institution soit écourtée autant que possible car la place de l’enfant doit être dans sa famille.

Que donne le Programme de Renforcement des Familles qui relève de la prévention d’abandon d’enfants dans des poches de pauvreté ? 
Ce programme fonctionne bien de manière générale et fait partie intégrale de notre programme à Maurice. Il n’y a que six enfants qui ont abandonné l’école, et dix familles ont dû être référées au ministère car leurs enfants sont très à risque. Nous insistons sur la participation des parents dans l’éducation de leurs enfants à travers notre centre socio-éducatif à Curepipe. Il faut voir l’émotion et la fierté de ces parents – ce sont surtout les mères car les pères travaillent – lors de la Graduation ceremony de leurs enfants.

«Les traumatismes des enfants négligés sont plus difficiles à gérer que ceux qui sont battus.»

Recevez-vous toujours votre financement de l’étranger ?
C’était le cas autrefois. Maurice n’étant plus considéré comme un pays à faibles revenus, nous n’y sommes plus éligibles. Cinquante-neuf pourcent (59 %) de notre financement vient du Capitation Grant de l’État, 11 % de la National CSR Fondation après que nous ayons soumis des projets, 24 % des compagnies privées et 6 % d’autres sources.

Autant dire que le gouvernement vous soutient à 70 %. N’y-a-t-il pas un risque que l’on vous envoie des enfants qui ne cadrent pas avec vos critères d’éligibilité ?
Le ministère de l’Égalité du Genre nous réfère les enfants certes mais nous décidons si ceux-ci peuvent être pris en charge ou pas. La majorité des enfants qui nous sont référés sont abandonnés, négligés, ont des problèmes aigus. Les traumatismes des enfants négligés sont plus difficiles à gérer que ceux des enfants battus selon l’université de Harvard. Là où la réflexion se pose, c’est pour les enfants qui souffrent de problèmes mentaux et qui ne devraient pas être dans des institutions. Je me demande s’il ne faudrait pas des centres particuliers pour ces enfants. Le UN Guidelines for the Alternative Care of Children dont le Gatekeeping, souligne l’obligation d’avoir différentes options possibles de prise en charge des enfants. Ce n’est pas le cas à Maurice. Nous voulons faire un plaidoyer pour qu’au niveau du gouvernement et des ONG, on crée différentes options de prise en charge. Ce sera aussi une façon de nous aligner davantage sur les conventions internationales. Cela doit être le fruit d’une collaboration entre le gouvernement, les ONG et la société civile. On ne peut pas mettre tous les enfants abandonnés et à risque dans les institutions. Il faut s’asseoir, discuter et investir dans de la mise sur pied de différentes options, et de programmes appropriés, notamment pour les enfants ayant des troubles mentaux et des problèmes aigus de comportement et répondre à la problématique de l’hypersexualité.

Toutes les ONG n’ont pas la même vision. Comment trouver un consensus ?
Il n’y a pas de conflit d’intérêt quand il s’agit de défendre les intérêts des enfants. On peut être en désaccord sur certaines choses mais on peut aussi avancer dans cette démarche d’aller plus loin et de répondre à leurs besoins. Le cœur de métier des ONG concerne les enfants et nous devons nous concentrer dessus. 

Quels sont les projets de SOS Villages d’Enfants ? 
On veut utiliser les infrastructures au village d’enfants SOS Beau-Bassin pour organiser des activités thérapeutiques et de développement. On a commencé avec l’art-thérapie, l’expression corporelle et le soutien à la petite enfance. Les enfants ont besoin de s’exprimer, de se libérer de leurs blocages et pour cela, il faut leur offrir beaucoup d’activités. C’est pour bientôt.


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Lexpress

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