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« Le barrage de la discorde » (1/4). Alors qu’Addis-Abeba annonce vouloir entamer la deuxième phase du remplissage du réservoir qu’elle construit sur le Nil Bleu, Le Caire, qui reçoit de plus en plus de soutiens, dont celui du Soudan, assure que personne ne privera son pays de ses ressources en eau. Dusse-t-il utiliser la force.
La guerre du Nil aura-t-elle lieu ? Moins de deux mois avant la fin du quasi-ultimatum envoyé par l’Égypte et le Soudan à l’Éthiopie pour que cette dernière mette un terme à sa volonté de lancer la deuxième phase de remplissage de son barrage de la Renaissance en juin prochain, l’impasse semble absolue.
Creusé depuis avril 2011 et la décision unilatérale d’Addis-Abeba d’utiliser les eaux du Nil Bleu pour se doter de ce qui doit devenir, dès la fin de l’année prochaine, le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique, le fossé n’a fait que s’élargir entre l’Égypte, qui revendique sa légitimité historique, et l’Éthiopie, qui se prévaut de sa souveraineté géographique. Deux positions rendues irréconciliables par les postures prises au fil de la décennie par les différents responsables des deux pays.
Bruits de bottes
D’abord l’un envers l’autre : les Éthiopiens répondant au droit de veto hérité de la colonisation britannique dont croient encore jouir les Égyptiens par la politique du fait accompli. Mais également devant leurs populations respectives, chacun maniant de son côté les symboles pour en appeler à la fierté des uns ou se nourrir des peurs des autres. Addis-Abeba au nom de son développement économique : grâce au barrage, le pays assurera ses besoins en électricité, voire bien plus. Le Caire en invoquant le risque que cette infrastructure fera peser sur la sécurité alimentaire de sa population : il pourrait réduire le débit du fleuve de 25 %, avec de lourdes conséquences pour les agriculteurs.
« Au point que chacun semble aujourd’hui prisonnier de son propre discours », constate un ambassadeur du continent auprès des Nations unies. Tout comme l’ensemble des neuf autres pays présents dans le bassin versant d’un fleuve qui prend en partie sa source dans la région des Grands Lacs, à plus de 6 600 km au sud d’Alexandrie. Les jours passent et le Grand Ethiopian Renaissance Dam (Gerd – « grand barrage de la Renaissance ») devient une réalité toujours plus visible sur les photos satellites sans qu’aucun accord de partage des eaux du Nil n’ait encore pu être trouvé entre les différentes parties. Pis, les bruits de bottes accompagnent désormais les coups de mentons diplomatiques, et menacent des négociations « qui n’ont jamais vraiment démarré », estime René Lefort, spécialiste de la corne de l’Afrique.
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