A Pivnichne, sur la ligne de front ukrainienne, des drones et des snipers

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Par Emmanuel Grynszpan

Publié aujourd’hui à 11h29, mis à jour à 12h33

Drones lâchant des sous-munitions, pluies nocturnes de mines à activation aléatoire, snipers embusqués dans des infrastructures civiles vitales… la guerre dans le Donbass prend un tour plus vicieux et asymétrique, sept ans après son déclenchement. L’une des dernières victimes est un fantassin ukrainien de 38 ans, tué par un missile, le 22 avril, près du hameau de Choumy, à 40 km au nord de Donetsk. Oleksandr Loutsyk se dirigeait à pied vers sa position de routine en première ligne lorsque sa colonne a été la cible de deux missiles tirés d’une position tenue par les rebelles prorusses, vers 11 h 30. Soit deux heures avant que le ministre russe de la défense, Sergueï Choïgou, ne fasse baisser la température dans la région, en annonçant un retrait partiel des 130 000 soldats massés le long de la frontière ukrainienne « pour des manœuvres d’entraînement ».

Les soldats de la brigade « Edelweiss » de l’armée ukrainienne rendent un dernier hommage au soldat Oleksandr Loutsyk, mort à 38 ans, le 22 avril 2021.

« J’étais en tête de la colonne quand les deux missiles ont été tirés, raconte Iouri Kopeltsyv, premier lieutenant. On les a entendus siffler au-dessus de nos têtes et on a juste eu le temps de se jeter à terre. Oleksandr a été touché aux jambes par des éclats, et nous l’avons immédiatement mis à l’abri, mais il était déjà mort. » Les photographies de son corps, prises juste après le décès, montrent une jambe gauche déchiquetée. La section de l’artère fémorale a conduit à une hémorragie très rapide, indique le procès-verbal du décès.

« Je le connaissais bien depuis un an, car il était sous mes ordres. C’était un bon soldat, un ami, un homme qui aidait et soutenait ses camarades. Nous l’appelions “l’intello” car il lisait beaucoup de livres. C’est moi qui ai averti sa famille. C’était un patriote originaire de la région de Volyn [ouest de l’Ukraine] qui s’est engagé dès Maïdan [la révolution ukrainienne de 2014], d’abord à Kyiv [Kiev], puis dans le Donbass, pour combattre contre l’occupant. »

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Le Monde s’est rendu le lendemain sur le lieu de l’incident, avec deux officiers ukrainiens du centre conjoint de contrôle et de coordination, chargés de documenter les tirs ennemis en infraction à l’accord de cessez-le-feu de juillet 2020. Pour accéder aux lignes de front dans cette zone, les soldats ukrainiens doivent emprunter un sentier partant du cimetière de Pivnichne jusqu’au village de Choumy, où se trouvent les tranchées. « C’est ici que nous subissons les plus lourdes pertes cette année », explique le commandant Daniyar Petriouk, chef adjoint de la 10e brigade de chasseurs alpins.

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