Hainan, l’étrange laboratoire libéral de Xi Jinping

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Hainan attire des touristes de toute la Chine pour son climat tropical et ses plages. Ici, à Sanya, le 28 février.

Située tout au sud de la Chine, l’île tropicale d’Hainan continue de jouir d’une certaine nonchalance. Dans la banlieue d’Haikou, la capitale aux 2,7 millions d’habitants, les vaches broutent paisiblement à proximité immédiate des dizaines d’entrepôts alignés dans la « Free Trade Zone ». A l’intérieur de celle-ci, les camions ne se bousculent pas vraiment et les 20 000 salariés ne semblent pas soumis à des cadences infernales. Même la propagande, au garde-à-vous dans tout le pays, fait preuve d’un certain amateurisme. « Free Teade Port », proclament, avec une touchante faute d’orthographe, les affiches chargées de faire la promotion du grand projet de Xi Jinping pour cette province reculée : transformer cette île de 10 millions d’habitants, trois fois plus vaste que l’Ile-de-France, en une immense zone-pilote d’un nouveau modèle de développement économique.

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Le président chinois ne passe pas pour un grand adepte du libéralisme économique. Rien à voir avec Deng Xiaoping, le père de l’ouverture et de la réforme. Pourtant, si les mesures annoncées tiennent leurs promesses, Hainan pourrait bien être le Shenzhen du XXIe siècle. Julie Laulusa, dirigeante du cabinet Mazars pour la Chine, ose une comparaison encore plus audacieuse : « A partir de 2025, Hainan sera presque déconnectée du reste de la Chine et sera gérée selon le principe “un pays, deux systèmes” », analyse-t-elle. Comme Hongkong jusqu’à présent.

On ne connaît pas encore tous les détails de ce projet lancé par Xi Jinping lui-même le 1er juin 2020 et dont l’objectif est de faire de l’île une zone capable de rivaliser avec les grands ports francs actuels – Dubaï, Singapour mais aussi Hongkong – à l’horizon 2050. Pour ce faire, les responsables mettent en avant « cinq libéralisations » qui devraient être effectives au plus tard en 2025 : « celle du commerce, de l’investissement, du transport, de la circulation des capitaux et celle des hommes ». Par ailleurs, la circulation des données se fera « de façon sûre et ordonnée ».

Pour un Pékinois, Hainan aura des petits airs de paradis fiscal

Des formules encore un peu vagues mais qui, selon Mme Laulusa, préfigurent une véritable révolution. « Ils vont expérimenter la libre circulation des capitaux. Certes, les mouvements d’entrée et de sortie des devises seront enregistrés mais ils ne seront plus contrôlés », décrypte-t-elle. Un changement majeur pour les entreprises étrangères qui, en Chine, ne sont pas autorisées à rapatrier leurs profits. Par ailleurs, les étrangers devraient pouvoir rester un mois à Hainan sans avoir à demander de visa. Enfin, selon Mme Laulusa, contrairement au reste de la Chine, les sites Internet occidentaux comme Facebook ou Twitter devraient pouvoir être consultés librement. Comme c’est – encore – le cas à Hongkong mais pas dans le reste du pays. Un point évidemment important mais sur lequel les responsables chinois ne communiquent pas.

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