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La houle rend la mission plus difficile. Chacun est pourtant à son poste, concentré. Sur le bateau, les observateurs quadrillent de leurs yeux une zone de l’océan, deux photographes se tiennent prêts à immortaliser l’instant et Emannuelle Leroy tient dans ses mains un drôle d’engin. “C’est un hydrophone”, renseigne la Docteure en bioacoustique, dernière arrivée dans les rangs de l’association Globice (Groupe Local d’OBservations et d’Identification des Cetacés).
Une sorte de micro relié à un long fil, qui, plongé sous l’eau, va enregistrer des sons. “Avec ça, on va caractériser les répertoires vocaux des différentes espèces de cétacés que l’on retrouve à La Réunion comme les dauphins, les cachalots ou globicéphales”, explique la jeune femme, qui mène le programme Déclic. “Ensuite, on va développer un outil de détection automatique et de classification”.
En clair, avec ces sons, les chercheurs sauront quelle espèce se trouve à quel endroit. Mais pour l’heure, sous un soleil de plomb matinal que l’été austral sait si bien offrir, il s’agit de repérer des dauphins. Avant de monter à bord, Jean-Marc Gancille, capitaine du jour et en charge de la partie communication, sensibilisation et études d’impact chez Globice, avait prévenu : “Il y a des sorties blanches parfois, on n’est jamais sûr de rien”.
Au large des côtes de l’Ouest, entre Saint-Gilles et Saint-Paul, les trajets s’enchaînent et les heures s’égrainent. Elise, une bénévole aussi étudiante en écologie marine, prend inlassablement des notes tous les quarts d’heure. “On évalue la visibilité de la mer, si on est en train d’observer des cétacés ou non, et, s’il y en a, comment ils sont disposés, leur nombre, leur espèce, ce qu’ils sont en train de faire et leur réaction”, décrit-elle, données GPS dans une main.
Les jeunes “de plus en plus inquiets”
Autant d’informations qui serviront aux scientifiques une fois rentrés au bureau. Comme Elise, de plus en plus de bénévoles – et notamment des jeunes – donnent de leur temps pour Globice et les cétacés. Sans doute grâce à la communication faite sur les réseaux sociaux.
“Ils se montrent de plus en plus inquiets de l’évolution de la biodiversité”, constate Jean-Marc Gancille. Inès, jeune infirmière dans le civil et observatrice à bord, est de ceux-là. “C’est bien beau de voir des dauphins ou des baleines, mais si c’est pour leur foncer dedans… Je voulais en apprendre plus sur eux mais avec une approche respectueuse.”
Car si Globice existe depuis 20 ans, c’est bien que des problèmes persistent. Trafic maritime, macro-déchets, pollutions des masses d’eau, nuisances sonores des travaux sous-marins, activités de « whale-watching », enchevêtrements dans les engins de pêche, destruction de l’habitat, réchauffement climatique sont autant de menaces qui pèsent sur les cétacés.

Une pression d’observation trop importante peut par exemple induire une interruption de certains comportements, et notamment des phases de repos des cétacés, pourtant essentielles. Cela peut également entraîner un déplacement voire une fuite du groupe. À long terme et à l’échelle de la population, une activité intense de whale-watching ou de mise à l’eau avec cétacés peut conduire à une augmentation du taux de mortalité et/ou une diminution du succès reproducteur mettant en péril la viabilité de la population.
20 ans de données scientifiques
Le parti-pris de l’association qui compte 7 salariés (dont 4 scientifiques) et 400 adhérents ou bénévoles est d’accumuler les données sur le terrain. “On fait à peu près 200 sorties en mer chaque année, au contact des 23 espèces identifiées ici”, détaille Jean-Marc Gancille. Via de de la photo-identification, des études génétiques et des suivis satellitaires, l’association, qui mène différents programmes scientifiques, a pu, en 20 années, en savoir plus sur les habitudes et le fonctionnement des cétacés.
“Toute cette connaissance est mise à la disposition des pouvoirs publics qui vont prendre des dispositions pour réguler l’activité de pression qui peut amener ces cétacés à être en danger à tel ou tel endroit de l’île, à mieux connaître les habitats qui pourraient nécessiter des mesures de protection spécifique”, précise Jean-Marc Gancille.
Après trois heures de navigation, chou blanc. Pas un aileron à l’horizon. Mais au loin, plusieurs bateaux, dont des professionnels du “whale watching”, sont rassemblés. Un bel indice. Cap à douze heures. Un groupe de dauphins fait -enfin- une timide apparition. “Des dauphins long-bec, ils sont environ cent”, évalue l’expérimenté capitaine, tee-shirt de Globice sur le dos. Ils évoluent sur quatre couches, on en a recensé 210 à La Réunion.” Loris et Fanny, les photographes, capturent l’instant.
“Pas l’obs de la mort”
Une fois sur terre, les clichés seront transmis aux scientifiques. Mais avant ça, les bénévoles et les deux membres de Globice ont la chance de croiser des grands dauphins de l’indo-pacifique, alias Turisops Aduncus, classés en danger d’extinction à La Réunion. “Ça n’était pas l’obs de la mort mais vous aurez au moins vu deux espèce”, lance Jean-Marc Gancille aux volontaires.
Comme Kélonia, les membres de Globice constatent une méconnaissance du monde maritime et des cétacés à La Réunion. “Notre rôle c’est de pallier à ce constat”, tranche Jean-Marc Gancille. Des ateliers de sensibilisation sont régulièrement mis en place, dans les écoles comme dans les manifestations publiques, aujourd’hui annulées.
Le but assumé : “Faire en sorte qu’entre humain et animaux, on ait un avenir commun qui soit le plus harmonieux possible. Et dieu sait aujourd’hui que c’est déséquilibré avec des pressions liées aux activités humaines qui malheureusement font parfois subir le pire aux animaux.” Avec Globice, les cétacés peuvent au moins compter sur une alliée de poids.
Kilian Kerbrat
Le site internet : https://www.globice.org/
Dans la réserve naturelle nationale marine, interdiction de s’approcher à moins de 100 mètres

Depuis le 1er janvier 2021, l’approche à moins de 100 mètres des cétacés (dauphins, baleine à bosse, cachalots…) est interdite dans les aires marines protégées.
La réserve naturelle nationale marine de La Réunion fait partie des aires marines protégées françaises. Par conséquent, depuis le 1er janvier 2021, il est interdit de s’approcher d’une baleine à bosse, d’un dauphin et plus généralement de tout cétacé, à moins de 100 mètres, dans son périmètre.
Les règles d’approche en bateau :
Ralentir dès que des baleines, des dauphins ou des tortues sont observées.
- Ralentir encore, éviter les changements de régime de moteur, ne pas approcher les animaux par l’arrière ;
- Ne jamais couper la route des animaux, adopter une trajectoire d’accompagnement qui doit être progressivement parallèle ;
- Ne jamais poursuivre les animaux : si une baleine ou des dauphins changent d’allure ou brusquement de direction, c’est qu’ils ne veulent pas être approchés ;
- Ne jamais séparer les groupes de baleines ou de dauphins en particulier les mères et leurs petits.
- A moins de 100 m environ :
- Rester du même côté que les autres bateaux afin d’éviter le phénomène d’encerclement ;
- Limiter à 5 le nombre de bateaux en observation pour minimiser les nuisances sonores ;
- Céder sa place au bout de 15 minutes d’observation lorsque d’autres bateaux sont en attente ;
- Limiter son temps d’observation à 45 min même s’il n’y a pas d’autres bateaux en attente pour laisser aux animaux des périodes de calme.
- Ménager des périodes de quiétude aux animaux.
En raison des risques d’accident, mais aussi pour le bien-être et la préservation des animaux, il est fortement déconseillé de se mettre à l’eau sans la présence d’une personne formée et expérimentée.
Toutefois, en cas de mise à l’eau :
- Être équipé d’une combinaison, de palmes, d’un masque, d’un tuba et d’une bouée de signalisation ;
- Être encadré par une personne compétente (diplômée ou formée) qui jugera de l’opportunité de se mettre l’eau en fonction des espèces présentes, de leur comportement et des conditions environnementales ;
- Limiter le groupe à 10 randonneurs et rester groupé ;
- Garder une distance raisonnable d’au moins 15 mètres des animaux ;
- Privilégier une attitude passive et contemplative en surface.
Limiter son temps d’observation à 15 min lorsque d’autres randonneurs sont en attente, et à 45 min si le groupe est seul pour laisser aux animaux des périodes de calme
Retrouvez le dernier épisode de la série “Ils protègent les animaux sauvages” ce vendredi avec la SEOR, qui offre aux oiseaux la possibilité d’un nouvel envol
L’épisode 1 : Kélonia, la tortue dans tous ses états
L’épisode 2 : NOI, la survie du gecko de Manapany
L’épisode 3 : GCOI à l’écoute des chauves-souris
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