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VIOLENCES CONJUGALES. Un Dionysien de 42 ans a été condamné à trois ans de prison ferme pour avoir infligé de graves blessures à sa compagne. À plusieurs reprises, il s’était filmé alors qu’il frappait sa victime et l’humiliait par des paroles dégradantes et des ordres. Le prévenu, un ancien commando de marine, a reconnu les faits en expliquant qu’il est alcoolique, toxicomane, et qu’il souffre de troubles bipolaires ainsi que d’un stress post-traumatique lié à son métier de militaire.
“Des dizaines d’ecchymoses sur toutes les parties du corps”. “Des blessures d’âges différents et qui n’ont pas été produites au même instant”. La lecture du rapport signé par le médecin légiste est glaçante. D’autant plus que ces violences décrites par des mots ont un visage. La victime, assise dans la salle d’audience, présente autour de l’oeil gauche des contusions d’un bleu sombre en partie cachées par son masque anti-Covid. Le résultat d’un déchaînement de violence de la part de son compagnon interpellé dans la nuit de lundi à mardi dans son appartement à Saint-Denis.
Il était 0h50 lorsque cet ancien commando de marine a alerté lui-même police secours. À leur arrivée, les fonctionnaires retrouvent une femme vêtue d’une serviette éponge qui crie “aidez-moi, aidez moi”. L’état de la victime est qualifié “d’édifiant” par les policiers en raison des traces de sang et des hématomes.
Des voisins témoignent de violences récurrentes au sein du couple, de cris fréquents. Auditionnée, la victime explique difficilement ne pas trop se souvenir des coups. Les analyses sanguines ont révélé qu’elle avait un taux d’alcool faramineux de 4,30 g/l dans le sang. Son compagnon violent présentait, lui, un taux de 2g/l. Le 29 décembre, les policiers étaient déjà intervenus au domicile du couple et la victime déjà gravement blessée puisqu’elle a perdu 1/10 à un oeil.
“JE SUIS REPARTI COMME EN 40 DANS L’ALCOOL”
Durant l’enquête, les policiers ont retrouvé dans le téléphone portable du quadragénaire des vidéos qu’il a filmées alors qu’il frappait sa victime. Des images sur lesquelles sa victime pleure, crie, en le suppliant : “je n’en peux plus”. Selon la présidente Ethel Blans, on y entend aussi le prévenu tenir des propos humiliants, des paroles ressemblant à des injonctions. Avec, parfois, une façon de parler très autoritaire comme “s’il était encore à l’armée et qu’il dirigeait des troupes de militaires”.
A la barre, Steven Jousselin affirme “n’avoir pas mesuré” la gravité des ses actes. Questionné sur ces vidéos, le prévenu explique que “c’était pour elle”. Qu’il voulait montrer à sa compagne son état de déchéance alcoolique. Selon lui, les violences remontent à quelques mois. Et les coups sont devenus quotidiens. “Je ne conteste pas”, reconnaît le prévenu. “C’est monté crescendo. Je ne saurais dire pourquoi”.
Comme explication, l’ancien militaire met en avant son alcoolisme avec un litre de rhum et des bières absorbés tous les jours, plusieurs joints de zamal, de l’artane aussi. Le quadragénaire, qui a subi des maltraitances durant son enfance et qui a été placé en foyer, dit également souffrir d’être bipolaire et d’un syndrome post-traumatique lié à des interventions militaires. “Je suis reparti comme en 40 dans l’alcool. Je n’arrive pas à me contrôler”, explique-t-il encore. “C’est allé trop loin”.
Steven Jousselin indique avoir effectué “une demande d’hospitalisation qui a été mis en attente” à cause se la crise sanitaire. “Je ne lui jette pas la pierre”, lâche-t-il plus loin en parlant de la victime, “c’est moi qui n’ai été pas assez fort”. La présidente Blans lui demande comment il est possible d’empêcher une récidive et que ses “propres souffrances n’entraînent pas celles de sa compagne”. “La seule solution est que je suive les soins nécessaires. Et que chacun reprenne en main ses problèmes” , répond le prévenu.
“C’EST BIEN QU’ON PRENNE DE LA DISTANCE”
L’histoire du couple est aussi celle d’une descente aux enfers partagée. Les deux se sont rencontrés lors d’une cure de désintoxication. Après une “relation équilibrée”, les violences se sont installées, explique la victime. Dépressive, cette femme semble ne pas réaliser la gravité des violences qu’elle a subies. Paraît comme étrangère au procès. Elle n’a d’ailleurs pas déposé plainte et ne se constitue pas partie civile. Lorsque la présidente évoque son avenir et sa situation, la quadragénaire parle plutôt des problèmes rencontrés avec la garde de son chien “qui reste enfermé” et se perd dans les détails du quotidien. Quant à sa relation avec le prévenu, elle ne prononce pas le mot “séparation” mais avance juste : “c’est bien qu’on prenne de la distance”.
Pour la procureure, le couple présente “un fonctionnement pathologique”. “Mais tous ceux qui consomment de l’alcool ne se montrent pas aussi violents que ça”, lance Bérengère Prudhomme en parlant de “faits graves et répétés ayant causé des blessures importantes” qui doivent être sanctionnés. Avec une peine d’un an et demi de prison dont la moitié en sursis probatoire comprenant l’obligation de soins et l’interdiction de contact avec la victime, requiert la magistrate.
“Domenjod n’est pas un centre de soins”, plaide en défense Me Chantal Laguerre. Selon l’avocate, “les problèmes rassemblés” de chacun des deux ont eu “l’effet d’une bombe” en constituant “un couple toxique” au sein duquel personne “ne peut s’aider”. “Mon client ne nie pas qu’il souffre de problèmes. Il a déjà pris des mesures et a entamé des démarches de soins. Combien de prévenus que vous jugez se trouvent-ils dans ce cas là ?”, plaide Me Laguerre. “La place de mon client n’est pas en prison. La détention ne servira à rien. Ce sont des soins qu’il lui faut. Il existe d’autres moyens pour que cela ne recommence pas”.
Le tribunal a jugé que “les faits extrêmement graves justifiaient une peine importante d’incarcération”. L’ancien militaire a été condamné à quatre ans de prison, dont un an en sursis probatoire avec obligation de soins et interdiction d’entrer en contact avec la victime. Il a été placé sous mandat de dépôt.
JÉRÔME TALPIN
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