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VIOLENCES CONJUGALES. C’est une peine particulièrement sévère qu’a prononcée le tribunal de Saint-Pierre ce vendredi à l’encontre d’un père de famille de 43 ans.
Lorsqu’il entre menotté dans la salle d’audience, Alexandre D. en impose. Tatoué des pieds à la tête, son physique contraste d’autant plus avec le silhouette frêle et effacée de son ex-compagne, présente dans la salle d’audience. Derrière les 38 kg de cette femme se cachent en réalité 10 années de souffrances pernicieuses.
Alors que son compagnon met le grappin sur elle à peine sortie du lycée, il est âgé de 33 ans et a déjà plusieurs enfants d’unions précédentes. Elle, jeune étudiante, se met à vivre rapidement sous le toit familial dans ce véritable clan basé au Tampon, où toute la famille est logée dans une grande maison. Alexandre règne en maître et propriétaire car c’est lui qui, à la tête de son entreprise, fait travailler ses enfants, belles-filles, sa femme et 13 employés. Mais il est aussi alcoolique, consommateur de drogues occasionnel et surtout un tyran domestique et pervers narcissique. D’ailleurs, ses relations précédentes ont échoué à cause de ce comportement.
Pendant 10 ans, sa femme a donc encaissé brimades quotidiennes, humiliations, coups, gifles, insultes et menaces de mort. Résultat, elle est passée de 60 à 35 kg, a perdu le sommeil, sa joie de vivre. “Ce sont ses plus belles années auxquelles elle doit dire au revoir”, se désole Maître Amel Khlifi-Éthève pour la partie civile. En plus des violences physiques, il a été constaté des violences financières et économiques, travaillant comme une acharnée sans salaire. Des soupçons de violences sexuelles sont aussi évoqués. Résultat aussi pour la jeune femme, elle vit dans un état de sidération psychologique constant, totalement sous emprise, elle n’e semble même plus capable de prendre de décisions pour elle-même. Elle fait même une tentative de suicide en mars 2020.
À la barre, le prévenu reconnait les faits, même si il dit ne pas se souvenir des épisodes de violences à cause de l’alcool. “J’étais dans le déni, complètement narcissique mais je lui demande pardon”, déclare-t-il. Plus dérangeant, une partie du petit clan familial a fait le déplacement. “Je tiens à le dire, j’ai honte pour cette famille qui n’a rien dit. Qui, pendant 10 ans l’ont laissée perdre plus de 20 kg. C’était le punching ball de la famille ! Mais la culpabilité doit changer de camp et ce n’est pas à la victime de porter le poids de ces violences. En tout cas j’y veillerai et je serai là pour qu’elle ne subisse aucune pression”, a déclaré la procureure Caroline Calbo, dans un réquisitoire musclé puisqu’elle a demandé la peine maximale pour ces violences habituelles : cinq années de prison. Le tribunal a donc prononcé une peine de 4 ans de prison, dont 3 ans ferme au vu de ces “faits gravissimes”. Il a également été déchu de son autorité parentale, avec interdiction d’entrer en contact ou d’aller au domicile de la victime. Un mandat de dépôt a été demandé. Selon l’avocate de la défense, Maître Clémence Biardeau, un appel devrait être interjeté.
LAURENCE GILIBERT
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