Kyaw Moe Tun, l’ambassadeur birman qui dit non à la junte

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Kyaw Moe Tun devant un portrait du président Win Myint, à New York, le 25 mars 2021.

Lorsque l’ambassadeur Kyaw Moe Tun est monté dans sa voiture le matin du 26 février, quittant l’immeuble cossu de la mission birmane jouxtant Central Park pour se rendre à l’ONU, on lui a tendu un discours. « C’était le message de la junte, nous confie-t-il. J’ai décliné et dit que j’avais ce qu’il fallait. » Il n’avait prévenu ni collègue ni proche de ce qu’il s’apprêtait à faire. Quelques minutes plus tard, dans l’hémicycle de l’Assemblée générale, il a pris la parole au nom du CRPH, le comité représentatif du Parlement birman, formé de parlementaires élus entrés en résistance.

Kyaw Moe Tun, cheveux gominés et masque sagement plié à côté de lui, a dénoncé, pendant douze minutes, « les crimes contre l’humanité commis par la junte contre le peuple birman » et cité un passage d’un livre d’Aung San Suu Kyi. Sa voix s’est brisée lorsqu’il a appelé à « un soutien fort et continu de la communauté internationale, impératif pour le peuple birman ». La fin de son discours, prononcé en birman, les trois doigts levés – le signe de la rébellion des Birmans prodémocratie emprunté à la série de films Hunger Games –, continue à faire le buzz sur les réseaux sociaux. Cela restera, pour lui, l’une des « décisions les plus importantes de [s]a vie ».

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« C’était émouvant et très courageux de sa part », se rappelle une diplomate. L’hémicycle l’a applaudi, rompant avec la diplomatie sans vagues des Nations unies. « Il y a des moments où nos positions morales d’ambassadeurs sont mises au test et où l’on doit mettre sa carrière en jeu pour prendre position en faveur de ce qu’on croit fermement être juste, avance l’ambassadeur de l’Union européenne, Olof Skoog. C’est ce qu’il a fait et il mérite tout notre soutien. » Prévenue par le ton qu’allait prendre la séance, l’envoyée spéciale de l’ONU en Birmanie, Christine Schraner Burgener, avait d’ailleurs ouvert avec un discours en visioconférence à charge contre la Tatmadaw, les forces armées birmanes.

« C’est assez stressant »

Les sanctions sont immédiates : la junte démet l’ambassadeur Moe Tun de ses fonctions et annonce son remplacement par son « numéro 2 ». Mais ce dernier démissionne et les Nations unies considèrent toujours Kyaw Moe Tun comme le représentant permanent de la Birmanie. Depuis, même si son épouse et ses deux enfants sont en lieu sûr et « protégés par la communauté birmane », c’est assez « stressant », reconnaît-il, en souriant. Le vide s’est fait autour de lui, aussi. « S’ils me contactaient, les diplomates birmans violeraient le code des fonctionnaires. » Depuis, le groupe Messenger des ambassadeurs birmans est silencieux.

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