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Danna Montilla avait 16 ans. Elle est morte le 2 mars, sous les bombes de l’armée colombienne. Les noms et âges d’autres victimes du raid aérien mené ce jour-là contre un camp de rebelles dissidents dans le Sud-Est amazonien du pays n’ont toujours pas été confirmés. Mais les autorités ne démentent pas que d’autres adolescents ont péri. Le ministre de la défense, Diego Molano, a défendu la légitimité de l’opération militaire, en affirmant que ces jeunes victimes étaient des « machines de guerre ». Ses propos ont soulevé un tollé. « Depuis deux ans, nous avions multiplié les alertes concernant le recrutement forcé d’adolescents dans la région », rappelle un fonctionnaire de la municipalité amazonienne de Calamar, siège du bombardement.
Les « dissidents » sont les guérilleros des ex-Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) qui ont refusé de rendre les armes, ou qui les ont reprises après la signature de l’accord de paix de 2016. De source officielle, ils seraient aujourd’hui 2 500 dans l’ensemble du pays. Jeunes et parfois même très jeunes, sans commandement unifié, ils vivent du trafic de drogues ou d’autres économies illicites.
« L’Etat a failli »
Le 2 mars, l’armée visait l’un des chefs de faction les plus recherchés, Gentil Duarte. Le lendemain, elle annonçait avoir abattu dix dissidents. Le 10 mars, le journaliste Hollman Morris a révélé que plusieurs mineurs avaient été tués dans le bombardement. A la radio, le ministre Molano a énergiquement défendu la légitimité de l’opération, « menée conformément aux protocoles fixés par le droit international humanitaire ». Interrogé sur la présence dans le camp bombardé d’adolescents, il a sèchement répondu : « Ce qu’il y avait, c’était des machines de guerre, des enfants qui font partie d’une structure capable de commettre des attentats terroristes. Personne n’était en train de réviser son bac. » Ces propos ont été d’autant plus mal reçus que M. Molano a longtemps été le directeur des services de protection à l’enfance.
« Au regard du droit international humanitaire, un adolescent en arme peut être considéré comme un objectif militaire s’il participe directement à un combat ou aux hostilités, rappelle le juriste Rodrigo Uprimny. Hors d’un combat, un adolescent enrôlé dans un mouvement armé est, indépendamment de son apparent consentement, une victime de recrutement forcé. » Le recrutement forcé de mineur de moins de 15 ans est un crime de guerre. « L’Etat a failli à son obligation de protéger les mineurs. Il ne peut, sous prétexte que ces adolescents ont été recrutés par un mouvement armé, se libérer de l’obligation de protéger leur vie », insiste Veronica Hinestroza, spécialiste en droit international.
Les autorités savaient-elles qu’il y avait des adolescents dans le camp de Gentil Duarte ? Ce n’est pas la première fois que la question se pose. En août 2019, la mort de huit mineurs lors du bombardement d’un camp rebelle dans le sud du pays avait contraint le ministre de la défense de l’époque, Guillermo Botero, à la démission. Des organisations de défense des droits de l’homme avaient établi que « les militaires savaient ».
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